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Comment s’entraîner malgré la pollution ?
Comment s’entraîner (et doit-on vraiment le faire, d’ailleurs ?) quand les taux de pollution grimpent furieusement, comme c’est le cas de plus en plus souvent dans les grandes agglomérations ? Les réponses d’un médecin et d’un entraîneur.
 
L’Hexagone a connu ces dernières semaines des épisodes répétés de pollution qui prennent un sens tout particulier pour les coureurs – entre autres. Pollution et activités d’endurance ne font, en effet, pas bon ménage. 
 
Risques immédiats et à long terme
 
Les particules fines ont de fait la fâcheuse habitude de s’insinuer dans les bronches de ceux qui les ouvrent à tous les vents – les athlètes en plein effort en premier lieu. Inflammation des bronches voire crise d’asthme assurées, surtout pour ceux qui sont sensibles en la matière. « En ventilant, on fait entrer beaucoup de particules toxiques dans l’organisme », souligne Jean-Michel Serra, membre de la commission médicale de la FFA. Mais le problème est plus large encore. « Il ne faut pas oublier les risques cancérigènes », pointe le médecin, rappelant que les particules fines pénètrent et s’installent au cœur même des cellules. En la matière, un taux supérieur ou égal à 50 µg/m³ dans l’air ambiant est déjà considéré comme très néfaste pour l’organisme.
 
Moins vite, moins fort, moins longtemps

Comment, dès lors, concilier ces épisodes récurrents avec l’envie, à défaut du besoin, de s’entraîner ? L’idéal serait d’annuler purement et simplement l’entraînement. Mais allez expliquer aux coureurs qui ont un objectif dans le viseur qu’un danger invisible et indolore les guette… « En général, les athlètes ne sont pas trop favorables à annuler une séance, comme lors des épisodes de canicule d’ailleurs, regrette Jean-Jacques Minne, coach J'aime courir et entraîneur FFA 3e degré hors stade. Mais il faut attirer leur attention sur le fait qu’annuler une séance n’est pas dramatique. D’ailleurs, une des athlètes que j’entraîne, qui n’avait pas pu terminer ou faire plusieurs séances à cause de la pollution, a battu son record personnel dans la foulée lors de la corrida de Houilles (ndlr : le 18 décembre dernier). Nous avions en effet annulé plusieurs entraînements à Paris ces dernières semaines. Beaucoup de stades parisiens sont proches du périphérique ».

Un haut lieu d’embouteillages, véritable usine à polluer. « A minima, il faut éviter tout effort violent ou soutenu pour ne pas trop ouvrir les voies respiratoires. On limite donc l’intensité et la durée des séances. Les séances de VMA sont par exemple à éviter. »

Le docteur Serra pointe une alternative. « On peut en profiter pour effectuer des séances où on consommera moins d’oxygène, qu’on ne fait que trop rarement le reste du temps, mais qui sont également profitables pour le coureur – du renforcement musculaire, par exemple. »
 
Des effets concrets

A défaut, on s’expose à de sérieux désagréments, aussi concrets que perceptibles, cette fois. « Des coureurs qui n’avaient jamais eu de telles manifestations se mettaient à tousser sans pouvoir maîtriser une toux sèche et continue, d’autres avaient du mal à respirer… C’est sans ambiguïtés », témoigne l’entraîneur.

Et n’espérez pas à échapper à l’air ambiant. Il est partout, tout le temps. « L’air intérieur, dans une salle de sport ou dans une piscine, n’est pas moins pollué, note Jean-Michel Serra. Dès qu’on ouvre une porte, l’air y entre, et surtout il ne circule plus une fois à l’intérieur. Dehors, le vent peut permettre de faire varier les taux avec plus de rapidité que dedans. L’idéal reste alors de privilégier les parcs et les forêts, où peu de voitures circulent et qui absorbent une partie du CO2 sans toutefois drainer vers eux la pollution. »
 

A la bonne heure

Autre mesure de prudence, quoique toute relative : essayer de s’entraîner à des heures où la pollution est moins importante, en dehors des plages auxquelles les automobilistes sont de sortie. « Mais attention, la circulation n’est qu’une partie du problème, rappelle le médecin fédéral. Les usines, le trafic aérien produisent une grosse partie de la pollution. Mais si on veut éviter les heures de bureau, il faut courir soit très tôt le matin, soit très tard le soir, une fois que le nuage de pollution s’est un peu évacué. » Ce qui, à terme, est loin de régler le problème. « Ce qui m’inquiète, c’est que ces épisodes ont tendance à se multiplier, alors qu’ils étaient auparavant exceptionnels », soupire Jean-Jacques Minne.

« Et même en dehors des pics, le niveau de pollution reste important dans les villes, assure Jean-Michel Serra. Le risque est donc permanent, et quotidien. » Les solutions ? Arrêter la course à pied. Ou alors continuer à courir, tout en agissant de manière locale ou plus globale pour changer notre mode de vie, de production, de consommation. A vous de choisir.

Cyril Pocréaux, pour J'aime Courir 
 
« Le gros souci, c’est quand on ventile beaucoup : c’est là qu’on fait entrer un maximum de particules toxiques dans notre organisme. » Jean-Michel Serra.

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
et de   Jean-Jacques MINNE

Entraîneur FFA 3ème dégré Hors-stade
Formateur d'entraîneurs pour la Ligue d'Ile de France d'Athlétisme
Entraîneur à l'Athletic Coeur de Fond Paris. Coache des athlètes de tous niveaux Hors-Stade et Demi-fond.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 28/12/2016 à 17:10 - mis à jour le 31/12/2016 à 12:12

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