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Surentraînement : attention, danger !
C’est un mal insidieux qui touche pourtant, peu ou prou, tous les coureurs en quête de performances. Le surentraînement, souvent mal identifié, s’apparente à un cercle vicieux qui ruine parfois des semaines d’entraînement. Explications.
 
Evoluer sur le fil du rasoir : c’est la sensation que connaissent forcément, à un moment ou un autre, les coureurs en quête de résultats. Sans cesse sur la corde, ceux-ci jouent parfois les équilibristes entre la recherche de la forme, multiplication des entraînements à la clé, et la fatigue induite qui peut, si l’on n’y prend garde, amener au surentraînement, véritable cercle vicieux.
 
Une multitude de signes
« Le signe le plus évident du surentraînement, c’est une récupération qui devient de plus en plus difficile, pointe le docteur Jean-Michel Serra, membre de la commission médicale de la FFA. Elle s’accompagne d’autres symptômes. On peut en particulier avoir du mal à dormir, car le fait de trop forcer sur le système influe sur le sommeil. La perte d’appétit, voire la perte d’envie sexuelle, des douleurs diverses et variées… Mais il n’y a pas de catalogue précis. » Un des signes précurseurs reste toutefois à trouver dans les blessures et micro-traumatismes à répétition qui tapent sans cesse à la porte. « Quand on ne récupère pas pleinement des efforts menés, c’est qu’il y a un problème, estime le médecin. C’est la simple courbature qui au lieu de passer en 48 heures s’installe et devient une contracture durable, par exemple. Normalement, une fatigue induite par de l’entraînement passe avec une bonne nuit et un entraînement basé sur d’autres filières énergétiques. Un corps qui fonctionne bien récupère en un jour ou deux. Si ce n’est pas le cas, c’est que le mode d’entraînement est sur-sollicitant. »

Problème : à ne pas identifier clairement la cause de cette fatigue, qu’on croit souvent passagère et circonstancielle, « on trouve plein d’autres bonnes raisons pour l’expliquer », poursuit le médecin. « Et, souvent, on estime qu’on ne s’est pas assez entraîné, et qu’on doit en faire encore plus. » On touche ici à un paradoxe : alors que les objectifs, les performances et la récupération deviennent chaque jour plus difficiles à atteindre, on cherche à tirer davantage encore sur la corde…
 
La dimension psychologique
« C’est là qu’il faut se poser les bonnes questions, et surtout faire attention à ne pas en ajouter, assure Jean-Michel Serra. Il ne faut pas hésiter à couper, ou à alléger son programme, pour récupérer son énergie physique mais aussi psychologique. » Ce qui n’est pas toujours évident pour les amateurs de course à pied, qui déclinent fréquemment leur passion sans limites, chaque semaine ou presque – le premier pas, souvent, vers le surentraînement.

« Les coureurs sont souvent excessifs dans leur passion, et veulent faire des petites courses tous les week-ends, battre les adversaires qu’ils connaissent… Le problème, c’est qu’à ce rythme, on s’use psychologiquement. On tombe dans un train-train monocorde qui entraîne la baisse des performances. »
 
Regard extérieur
Ici, le rôle de l’entraîneur, et son regard extérieur, s’avère crucial – à condition, une fois encore, que le diagnostic soit bien posé, et les mesures prises. « Il faut accepter de mettre d’autres éléments en place dans le plan d’entraînement, estime le médecin fédéral. Mais de même qu’un individu peut aller dans la direction du ‘‘toujours plus’’ d’entraînement, le couple entraîneur – athlète peut également avoir ce penchant. On sait a contrario qu’un entraîneur peut donner un footing de récupération à 8 km/h qui sera effectué à 13 km/h par l’athlète. Ce ne sera pas le même repos… L’échange est essentiel, et l’athlète doit être en mesure de respecter des choses simples. »

Parmi celles-ci, essentielles pour la récupération : « Le sommeil, l’alimentation, l’hydratation… Pas besoin de se précipiter chez le médecin, car, dans 99% des cas, le surentraînement ne se traduit pas par des variations hormonales ou de marqueurs véritablement détectables. Il faut, simplement, faire en sorte que les voyants reviennent au vert. »
 
Cyril Pocréaux pour J'aime courir
 
« Il ne faut pas hésiter à couper, ou à alléger son programme, pour récupérer son énergie physique mais aussi psychologique. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 09/02/2017 à 11:10 - mis à jour le 09/02/2017 à 11:20


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