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Courir avec des écouteurs (première partie)
La pratique est devenue si commune qu’on en oublierait de l’interroger. Courir avec des écouteurs ne doit pourtant pas se prendre à la légère. Avant de se pencher dans un prochain article sur les aspects règlementaires et médicaux, gros plan sur les bons gestes à adopter quand on écoute de la musique à l’entraînement.

Dans sa bulle, le nez pointé sur les baskets (ce qui n’est pas la meilleure façon de courir, soit dit en passant), écouteurs sur les oreilles. Coupé du monde. Le meilleur moyen, pour beaucoup, de s’aérer l’esprit, de s’évader en pratiquant son sport préféré. Oui, mais… « Je n’ai pas d’a priori sur cette question, mais c’est vrai que cela déplace la concentration sur autre chose que la course », note Patrice Binelli, coach J'aime courir et entraîneur au sein de la Direction technique nationale. D’où l’obligation de prendre certaines précautions.
 
Un rythme bancal

Courir en musique ? « Les anciens vous diront que vous n’êtes pas concentré, d’autres que cela permet d’être plus relâché, pointe l’entraîneur. Sur un effort d’endurance, sur un entraînement long et peu rapide, cela peut être un accompagnement. Pour les gens qui découvrent la course à pied, cela permet de passer le temps et de ne pas s’ennuyer. En revanche, dès qu’on passe sur des efforts rapides, sur un fartlek ou sur un exercice où on cherche un chrono, on ne peut pas se permettre d’écouter de la musique. » Difficile, en effet, d’imaginer pouvoir respecter un rythme et des temps de passages quand votre artiste préféré vous invite à suivre son propre tempo. Car le phénomène est connu : la foulée va avoir tendance à se caler sur le rythme de la musique, parfois trop lent, souvent trop rapide. Difficile donc de s’astreindre à la régularité que demande la séance.
 
Une question de sécurité

« En courant avec des écouteurs, on met la concentration sur autre chose que la manière dont on court, relève Patrice Binelli. Si on est trop pris dans la musique, on se déconcentre et on a vite fait de ne pas remarquer un obstacle, de mettre un pied de côté. Chez soi, on met de la musique pour l’écouter. Là, il faut que ce soit, au mieux, un accompagnement car on doit rester vigilant et ne pas oublier le monde extérieur. Beaucoup de coureurs pratiquent en ville, avec de la circulation, des voitures… Là, mieux vaut se passer de musique. »

Si la pratique d’avère dangereuse en ville, elle l’est tout autant sur un stade. L’espace y est partagé non pas avec des véhicules, mais avec quelques sprinters, sauteurs ou engins de lancers qui ne font pas que du bien quand on les prend de plein fouet. Sans parler des autres fondeurs qui vont plus vite, doublent, se décalent… « Là, cela devient carrément rédhibitoire… » souffle l’entraîneur.
 
Coach numérique

Reste que les écouteurs permettent aussi d’embarquer avec soi la voix d’un coach numérique. Certaines applications proposent en effet des séances dictées au fur et à mesure via le smartphone ou autre lecteur. « Là, on est dans une démarche différente, avec des consignes qu’on se doit de respecter, remarque Patrice Binelli. Mais j’ai en tant qu’entraîneur toujours un peu de mal à adhérer à ce genre de choses. Un coach doit pouvoir intervenir en cours de séance, et avoir son entraîneur physiquement auprès de soi reste irremplaçable. » L’entraîneur idéal ? Peut-être celui qui, au-delà de ses compétences techniques, est capable de pousser la chansonnette pour vous remotiver. Et là, même plus besoin d’écouteurs.
 
Deuxième partie à suivre : écouteurs et course à pied, les aspects règlementaires et médicaux.
 
Cyril Pocréaux pour j'aime courir
 
 
« Dès qu’on passe sur des efforts rapides, qu’on cherche un chrono, on ne peut pas se permettre d’écouter de la musique. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et responsable National des courses Montagne. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 19/04/2017 à 16:16 - mis à jour le 19/04/2017 à 17:05


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