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La montagne, entre beauté et dangers
Si la carte postale fait rêver, elle peut aussi comporter son lot de risques. En montagne, la pratique de la course à pied, même à l’entraînement, doit nécessairement s’entourer de multiples précautions. Revue de détails.

Les trailers, en particulier les plus chevronnés, se sont forcément déjà posé la question : comment concilier sa quête de liberté et d’aventure avec la sécurité ? La question se pose en particulier à ceux qui pratiquent en montagne. « Les précautions à prendre touchent au matériel, mais aussi à l’immatériel »  illustre Philippe Propage, référent national de la discipline.
 
Prévoir l’imprévisible

« L’immatériel, c’est par exemple avoir son téléphone sur soi pour pouvoir être géolocalisé en cas de pépin, ou prévenir une personne qui saura où vous êtes parti, et à quelle heure. » Partir courir en montagne, c’est également  « prévoir l’imprévisible », prévient l’entraîneur. « En plus de ce qu’on aura pris pour manger, des gels et barres énergétiques, et une couverture de survie seront utiles en cas de problème. »

Surtout pour s’adapter à un autre élément : la météo, très changeante en montagne. « Quand on parle de trail en montagne, il faut bien comprendre qu’il y a du matériel à emporter, explique Maud Gobert, championne du monde de trail 2011 et accompagnatrice moyenne montagne. En deux heures, un soleil éclatant peut laisser place à la pluie. Que ce soit à l’entraînement ou en course, il y a du matériel indispensable à avoir sur soi. Parce que même s’il fait beau, il fait froid, aussi, en montagne. J’ai déjà vu des gens qui ne se couvraient pas faire une hypothermie. On perd beaucoup d’énergie par les extrémités, les doigts, la tête. Les gants, le bonnet, des vêtements en goretex sont alors indispensables. Une simple veste respirante ne protège pas de la pluie. Et il faut accepter de prendre le temps de se changer, si besoin, sur un parcours. »

En tout cas, « en cas de moindre risque, orage ou autre, choisir de ne pas y aller », conclut Philippe Propage.
 
Courir en terrain connu

Une fois en pleine nature, d’autres règles méritent d’être suivie. La prudence, d’abord, toujours. « Si on a le moindre doute sur un passage, sur un chemin, il ne faut pas y aller, reprend l’entraîneur national. Et ce n’est pas parce qu’on sait que quelqu’un a déjà réussi à y passer qu’on doit vouloir le faire. Y compris soi-même ! A cause des changements météo, des endroits peuvent être très faciles à un moment et très dangereux juste un peu plus tard. Ceux qui ne connaissent pas bien la montagne n’arrivent pas à appréhender cet état de fait. »

Ou ont tendance à oublier un peu vite leur discipline première. « Il faut vraiment garder à l’esprit que le trail n’est pas de l’alpinisme, mais reste avant tout de la course à pied. On doit donc pouvoir emprunter un chemin praticable. Pas besoin d’aller en haute montagne, ni dans des terrains inconnus ou pas adaptés à notre pratique sportive. » Maud Gobert abonde. « Sur une course, on peut très bien avoir une erreur d’aiguillage, ou bien se tromper parce qu’on n’est plus vraiment lucide. Comme à l’entraînement, il faut absolument éviter de partir fleur au fusil pour se retrouver ensuite dans un endroit qu’on n’aurait pas prévu ou repéré avant. Désormais, on peut télécharger les parcours d’une épreuve sur sa montre, ou sur son téléphone portable, avec une application. Elle nous dira où aller, si on est loin ou pas de l’arrivée. La plupart des coureurs ont déjà adopté cette méthode. »
 
 

Ne pas céder aux modes

En matière de parcours, d’ailleurs, attention à ne pas se laisser influencer par les stars de la discipline qui, sur papier glacé, semblent repousser les limites humaines. « On les voit parfois en photo dans des endroits perdus, magnifiques, seuls, sans matériel… Mais s’ils sont en photo, c’est qu’ils n’étaient pas seuls, observe Philippe Propage. Cela ne correspond pas à la réalité, il faut le savoir. Seuls quelques professionnels extraterrestres qui peuvent le faire. On voit beaucoup d’accidents même chez des gens très entraînés parce que les précautions de base n’ont pas été prises. »

Cette pratique minimaliste fait tiquer même la championne du monde 2011. « Je suis totalement opposée à cette mode qui consiste à partir sans rien ou presque. Cela vient de certaines écoles de pratique, chez les montagnards, ou de gens qui veulent suivre l’exemple de Kilian Jornet. Mais c’est un phénomène auquel on ne doit pas se comparer. Des sportifs comme Kilian connaissent déjà la montagne, savent comment ils réagissent face au froid, et de toute façon ne partent pas à l’assaut de l’Everest sans préparation. Cela ne peut concerner qu’une petite partie de l’élite, pas plus. »

Enfin, le responsable fédéral de la discipline pointe un autre élément, rarement évoqué mais qui doit faire réfléchir. « Quand vous vous mettez en danger, vous mettez également en danger les secouristes qui vont venir vous aider, parfois dans des conditions très difficiles. Pour eux, il ne s’agit pas simplement de garer une ambulance en bord de route. Il ne faut pas l’oublier, ni se montrer trop égoïste… »
 
« A cause des changements météo, des endroits peuvent être très faciles puis très dangereux juste un peu plus tard. »
 
 

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Philippe PROPAGE

Référent national du Trail
Entraîneur de haut niveau depuis de nombreuses années notamment de plusieurs athlètes de l'équipe de France dont 2 champions du Monde
et avec la participation de   Maud GOBERT

Championne du monde individuelle de trail 2011 et accompagnatrice moyenne montagne
4 sélections internationales, championne du Monde de Trail par équipe en 2011 et 2015
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 27/12/2017 à 19:08 - mis à jour le 27/12/2017 à 19:43


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