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Quel lien entre course à pied et perte de poids ?

Beaucoup viennent à la course à pied pour perdre quelques kilos en trop, voire même néfastes pour leur santé. D’autres coureurs, confirmés, cherchent à s’affiner par conviction que, plus légers, ils iront plus vite. Autant de démarches qui doivent s’entourer de précautions pour éviter de tomber dans de sérieux travers…
 
On ne peut guère blâmer une personne sédentaire de se lancer dans la pratique de la course à pied. Mais les raisons qui l’y poussent doivent être scrutées à la loupe pour éviter de prendre le mauvais chemin. Certains, en particulier, effectuent leurs premières foulées avec une obsession : perdre du poids. Si l’objectif peut être légitime, il doit s’inscrire dans une démarche globale, et ne pas conditionner la pratique dans son ensemble. « Il existe un lien, bien sûr, entre courir et perte de poids, mais qui dépend à la fois de la qualité et de l’intensité des entraînements, et des apports alimentaires en parallèle, explique Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. Si les apports restent stables alors que l’on se met à courir, la balance calorique va se modifier et amener, en effet, une perte de poids. »

Réguler, aussi, ses apports alimentaires

La démarche serait donc justifiée. « Beaucoup de gens viennent à la course pour perdre du poids, et c’est une bonne chose si c’est bien effectué, assure le médecin fédéral. Courir est une activité physique et cardio-vasculaire qui va permettre de mincir à condition d’avoir en parallèle une bonne hygiène de vie. On doit, en particulier, réguler ses apports alimentaires. Et, en tout cas, ne pas considérer qu’on peut se permettre de consommer encore plus sous prétexte qu’on se dépense davantage. Si on a un vrai excès pondéral, il est bon, de toute façon, de consulter un médecin nutritionniste qui aidera à faire le point. »

Quelle pratique pour s’affiner ?

Reste à trouver la meilleure méthode pour se débarrasser de son excès pondéral. Et quelques kilos superflus ne justifient pas, ici, un entraînement de haut niveau, bien au contraire. « On a deux types d’effort qui jouent sur le poids, reprend le docteur : les allures d’endurance fondamentale longue, mais aussi des exercices plus intenses.On s’est aperçus que, chez les athlètes spécialistes de la piste, les fractionnés intensifs, quelle que soit la distance, induisent une perte énergétique importante, qui a une action nette sur la perte de poids. »

Une donnée relativement récente qui permet de penser différemment l’entraînement pour les personnes qui viennent à la course pour perdre du poids. « Pour les gens en surpoids, courir longtemps peut être compliqué au niveau tendineux et articulaire. On sait désormais qu’on peut avoir une action cohérente, voire plus efficace sur la perte de poids qu’un footing long quand on leur fait effectuer de petits sprints répétés en cours de séance. »

Ne pas vouloir maigrir à tout prix

En parallèle, comme évoqué plus haut, il faudra se souvenir qu’un apport nutritionnel adapté reste indispensable. « Les muscles ont besoin de vitamines et d’oligo-éléments pour fonctionner », rappelle le médecin. « Si ces apports ne sont pas prévus en conséquence de ces besoins quand on commence à courir, vouloir maigrir à tout prix via la course peut être une grosse bêtise. On cherche à diminuer les apports pour être plus léger, mais si ça peut être efficace à très court terme, on ne va jamais très loin dans ces conditions. »

Comme une voiture qui a besoin d’essence ou d’électricité, le corps humain a besoin de calories, et donc d’énergie, pour avancer… « On observe souvent ce problème chez les coureurs de fond ou de trail. Ils veulent gagner en rendement en perdant du poids, mais c’est vite contre-productif. On en arrive forcément à des déficits divers, les blessures type tendinopathies ou fracture de fatigue deviennent plus fréquentes, et surtout impossibles à résoudre. Il faut comprendre que pour la plupart des gens, la régulation est naturelle. Elle se fait correctement si on a des apports énergétiques normaux à côté de la pratique physique. »

En deux mots, « il ne faut surtout pas chercher à faire du restrictif. C’est contre-productif, même si cela peut sembler probant au début. Mais, très vite, on va à la casse. » Mieux vaut, pour qui se sent encore un peu trop lourd, se tourner vers d’autres axes de travail, comme le gainage. « Travailler le haut du corps pour un meilleur maintien par rapport au bas offre un meilleur rendement que perdre du poids », précise Jean-Michel Serra. Il est plus utile de gagner du muscle que trop en perdre, en somme…

Cyril Pocréaux pour  Jaime Courir


Exergue - Citation : « Il ne faut surtout pas chercher à être restrictif niveau alimentation : très vite, on va à la casse. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 25/04/2018 à 16:18 - mis à jour le 25/04/2018 à 16:35


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