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Jamais sans ma fille (ou mon fils) !

Courir avec son enfant ? Ils sont de plus en plus nombreux à s'y essayer, ou à en avoir la tentation. Tantôt en poussant un peu le bambin, tantôt pour lui faire plaisir. En la matière, toutes les attitudes ne se valent pas. Et de sérieuses précautions doivent être observées.

Le phénomène est de plus en plus fréquent, et n’a rien d’étonnant au vu du développement du phénomène running. Voir des parents qui courent accompagnés de leur rejeton fait aujourd’hui partie du paysage. Certes, il n’est pas question ici de bambins qui s’alignent sur un dix bornes ou d’un jeune enfant qui avale un marathon, comme les réseaux sociaux s’en repaissent parfois. Mais la pratique a toutefois de quoi interroger. « Un enfant n’est pas un adulte en miniature, rappelle Patrice Binelli, entraîneur référent J’aime courir et membre de la Direction technique nationale. Il n’est pas capable de réaliser les mêmes efforts. »

Ne rien imposer

Attiré, ou parfois poussé, par l’exemple paternel ou maternel, certains enfants ont tendance à vouloir suivre les pas des plus grands. « L’essentiel reste que ce soit spontané, et surtout pas imposé, prévient Patrice Binelli. Si c’est le cas, ce ne sera pas un moment agréable pour lui. Et cela risque plus de le dégoûter de courir qu’autre chose. D’autant qu’un effort qui paraît facile à un adulte ne sera pas forcément agréable pour un enfant. Ici, il faut davantage raisonner sur l’avenir que sur le moment présent. La première barrière est donc psychologique : il faut qu’il y ait une notion de jeu et de spontanéité dans le fait d’aller courir. »

Prendre du recul

Or, ici, il est souvent difficile pour des parents de faire la part des choses. « Avoir le recul nécessaire n’est pas facile quand on est parents et qu’on voit que son gamin a envie de courir. Certains sont même excessifs. Mais il est des disciplines qu’il faut pratiquer avec précaution, un âge auquel on ne doit pas s’entraîner trop souvent… Le mieux est donc de le confier à des entraîneurs formés à cela, et de courir ponctuellement en famille, le dimanche, si on veut se faire plaisir ensemble. C’est pour cela que les choses sont très encadrées et codifiées dans un club d’athlétisme, où les enfants pratiquent par ailleurs une éducation athlétique complète. »

Les directives fédérales fixent d’ailleurs précisément quelles distances et quels types de courses sont autorisées en fonction des âges – du 1 km pour les poussins aux cadets qui ne doivent pas dépasser les 10 bornes. « Quant au rythme et aux allures à suivre, il peut être utile de voir un médecin du sport avec son enfant pour en parler. »


Il ne sait pas dire non

Justement, en voilà un, de médecin du sport : ci-devant Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. « On peut toujours courir avec un enfant, mais cela dépend de beaucoup de paramètres, songe le docteur. L’âge, tout d’abord : on considère qu’un jeune n’est pas encore totalement dans le champ adulte, physiquement, avant 15 ans. Mais en-dessous de cet âge, les choses sont très variables, en particulier en fonction de la croissance. Il peut par exemple y avoir des soucis au niveau des cartilages si trop de contraintes sont exercées sur les zones concernées. C’est pour cela qu’existent des recommandations de la FFA en fonction des âges. Et ce qui vaut pour la compétition en termes de durée vaut aussi pour un simple footing, car les enfants ne font souvent pas de différences entre le rythme de l’entraînement et de la compétition. Ils ne savent pas gérer une allure basse. Pour eux, c’est un bouton ‘‘ON – OFF’’ ».

Si je cours, j’y vais à fond, peu ou prou. « Il faut donc organiser un circuit afin d’être capable de pouvoir revenir assez vite à son point de départ, poursuit Jean-Michel Serra. On ne peut pas laisser un enfant seul au beau milieu d’une colline. C’est une question de bon sens. »

Que ressentent-ils ?

D’autant que les enfants ont parfois du mal à exprimer précisément ce qu’ils ressentent, fatigue ou difficultés, douleur ou lassitude. « Ils ne savent pas bien comment fonctionne leur corps, et ne savent pas exprimer la douleur qu’ils peuvent ressentir. Or leur organisme n’est pas prêt à tout. Il faut donc être attentif à ça, d’autant qu’un gamin est un peu malléable, et subit la pression de l’adulte : il ne sait pas dire non. »

Dans le même ordre d’idées, un petit coureur n’aura pas forcément le réflexe de dire qu’il a soif. « Ils ne pensent pas forcément à boire, et l’hydratation est d’autant plus importante pour eux. » Une gourde, un petit parcours simple, un peu d’attention et l’unique objectif de se faire plaisir sans forcer, et le footing avec son rejeton, répété avec modération, devrait bien se passer. Et lui donner envie de continuer à courir.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Un gamin est un peu malléable, et subit la pression de l’adulte : il ne sait pas dire non. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et référent national du cross et courses Hors-stade. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
et avec les conseils de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 16/05/2018 à 16:51 - mis à jour le 17/05/2018 à 10:13


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