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Cross-country : vers la parité (des distances)

Des distances hommes limitées, et surtout des courses femmes qui s’allongent, pour rattraper, peu à peu, celles des hommes : le cross-country vit une petite révolution culturelle. De quoi permettre une progression d’ensemble pour les filles, voire de faire naître des vocations ?

Vous la sentez revenir, la pluie ? Et le froid qui pointe, et les jours qui rétrécissent ? L’automne avance, l’hiver approche, annonçant dans leur foulée l’arrivée des cross. Une discipline taillée sur mesure pour former le corps et l’esprit des coureurs (on l’a dit ici et ), comme des coureuses. Car dans les labours aussi, la parité est en route, depuis deux ans.

Entre 9 et 10, pas plus

Alors que, jusqu’ici, les longueurs de parcours masculines restaient nettement supérieures à celles que couraient les femmes, « au niveau international, on tend vers un alignement des distances, pointe Patrice Binelli, référent membre de la Direction technique nationale et J’aime courir. Jusque là, les hommes, dans les meilleures compétitions internationales, allaient jusqu’à 12 km, tandis que les femmes s’arrêtaient à 8, ou 7 au niveau national. A la FFA, nous avons donc réfléchi à la manière de s’adapter à la nouvelle donne. L’idée était de permettre à un public féminin d’aller vers des distances plus longues. » Le cross se déclinant en catégories, l’effet domino inversé allait s’appliquer : toutes les distances féminines, jeunes comprises, en France, ont donc augmenté depuis deux ans.

« Si on augmente le kilométrage de course chez les seniors, il fallait le faire aussi chez les juniors, les cadettes, afin qu’il n’y ait pas une marche trop haute entre chaque catégorie. L’idée a été de rapprocher pour faire coïncider le temps de course avec celui des garçons. » D’où des distances autour de 8 km désormais chez les seniors femmes – elles monteront jusqu’à 9 lors des prochains championnats de France (9 – 10 mars 2019 à Vittel). Dans les plus jeunes catégories, juniors et cadettes, l’augmentation est à l’avenant.

Les hommes, de leur côté, voient depuis deux ans leurs efforts bloqués à 10 km en seniors comme masters. « Ce fut un vrai débat de puristes pour en arriver là, sourit Patrice Binelli. Mais au final, sur 10 ou 12  km, on peut penser que les meilleurs seront toujours devant… »

Plus de clarté dans la préparation

Surtout, l’harmonisation semblait relever d’une certaine logique, avec des objectifs techniques de préparation précis. « Techniquement, physiologiquement, il n’y avait pas de raison de garder ces différences entre hommes et femmes, note l’entraîneur. Sur la route, du 10 km au marathon, sur piste, toutes les distances sont les mêmes pour les deux. » Or « on peut penser qu’il y avait ces dernières décennies un déficit de foncier chez les filles, au vu d’un manque de densité dans certaines épreuves, y compris sur piste, poursuit Patrice Binelli. Heureusement, on a aujourd’hui une génération de jeunes qui se met à niveau sur ce plan-là. En allongeant les distances en cross pour les filles, on les pousse aussi, techniquement, à travailler plus long car on se préparer toujours pour ce qu’on vise. Celle qui font le cross long passeront bien plus facilement sur 10 km ou sur route ».

Quand au cross court, passerelle plus naturelle vers le 800, 1500, ou le steeple, il pourrait connaître une nouvelle jeunesse. « On avait ces dernières saisons des cross courts et longs dont les distances étaient presque les mêmes chez les filles, à deux ou trois kilomètres près, remarque l’entraîneur. Les mêmes filles pouvaient gagner les deux. Ce ne devrait plus être le cas, et les féminines auront leur vrai registre, court ou long. Une fois la saison de cross passée, chacune trouvera sa voie, sur la piste ou la route. Cela pourrait même permettre à un nouveau public d’aller vers ce type d’effort. »

Adapter l’entraînement

A charge pour les filles et leurs entraîneurs, à l’heure de tracer des sillons dans les labours, de savoir augmenter les distances pour qui devra affronter jusqu’à neuf bornes de glaise et de virages. « Il faut en effet augmenter la durée d’effort en endurance, à la fois dans les footings et les durées des variations d’allures. L’entraîneur doit savoir ajuster en conséquence, car tous jusqu’ici ne faisaient pas le même programme pour les hommes ou les femmes. » Volonté séculaire de préserver les féminines, ou de s’ajuster spécifiquement à leurs distances ? Les mentalités et points de vue changent, en tout cas.

« On assiste à un rééquilibrage, et beaucoup d’entraîneurs sont moins réticents, aujourd’hui, à augmenter le volume de travail des filles. C’est d’ailleurs pour cela, je pense, qu’on voit de meilleurs résultats chez les jeune sur 3000 et 5000 m en particulier. Tout évolue en permanence, les conceptions et les certitudes. C’est aussi ce qui fait le charme de l’entraînement… », conclut Patrice Binelli. Quant au côté charmant de deux derniers kilos supplémentaires sous la pluie et dans la boue, il faudra que ces dames attendent la fin de la saison de cross pour s’en faire un avis définitif. Mais leurs homologues masculins aiment ça, a priori…

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Il y avait ces dernières décennies un déficit de foncier chez les filles, au vu d’un manque de densité dans certaines épreuves. »


* Retrouvez les distances conseillées en fonction des catégories en cliquant ici

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et référent national du cross et courses Hors-stade. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 02/11/2018 à 15:20 - mis à jour le 02/11/2018 à 15:55


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