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L’entorse, cette fidèle compagne du coureur

C’est classique : la nuit qui tombe, un footing un peu fatigué, le trou ou la racine qu’on ne voit pas, et la cheville qui vrille… Comment gérer une entorse, cette star des traumatismes du coureur ?

Chaque automne qui pointe et changement d’heure le rappellent : si les heures d’entraînement ne changent que rarement pour un coureur, la visibilité sur ses parcours préférentiels évolue sans cesse. Et va en déclinant en hiver. D’où les risques d’accidents traumatologiques, et d’entorses en particulier. Un problème certes pas circonscrit aux footings de nuit – les feuilles mortes, les racines ou les trous sont là, aussi, comme autant de pièges.

Micro-déchirures

Mais commençons par là : de quoi parle-t-on exactement quand on évoque ce mal si fréquent ? « L’entorse, c’est l’étirement au-delà de la norme d’une structure ligamentaire qui entoure une articulation, définit Jean-Michel Serra, médecin auprès des équipes de France d’athlétisme. On a des ligaments autour de chaque articulation, des chevilles par exemple, qui empêchent un trop grand mouvement, que les os ne viennent se toucher et casser… L’entorse, c’est un mouvement articulaire exagéré, forcé, poussé trop loin. Le ligament s’étire plus qu’il ne le doit. »

Les coureurs le savent tous, peu ou prou : c’est la partie latérale de la cheville, autour de la malléole externe, souvent, qui en est victime. Parce que pied, déséquilibré par une racine ou un faux mouvement, est sorti de l’axe de la course. Et forcément, les conséquences ne sont pas du goût de l’organisme.

« On peut avoir plusieurs stades, en fonction de l’intensité et de la violence du mouvement. On va de la petite foulure, comme on dit, aux micro-déchirures de fibres, jusqu’à des lésions plus sérieuses, sur un, deux ou trois faisceaux ligamentaires… » Souvent, l’hématome pointe déjà le bout de son nez. « Le ligament saigne, oui, car il est vascularisé, et peut saigner de manière plus ou moins importante. Et on peut aller jusqu’à l’impotence fonctionnelle complète, ne plus pouvoir marcher ni courir. »


Une prévention possible

Autant éviter d’en arriver là… « Le meilleur moyen d’éviter les entorses, c’est de travailler la proprioception, conseille le docteur, la capacité de la cheville à tenir par elle-même, sans action consciente ou besoin de visualisation. Une sorte de système réflexe interne. Ce devrait d’ailleurs être quasi obligatoire au quotidien pour un coureur, car cela permet de mieux réagir aux torsions impromptues. » De manière globale, un renforcement musculaire adapté permettra aussi d’éviter quelques déconvenues.

Et si, malgré ça, l’incident survient ? « Le premier réflexe qu’on a en général, et c’est le bon, est d’appliquer du froid sur la zone concernée. Cela va bloquer le saignement, éviter que trop de volume sanguin ne soit expulsé. Tout comme une légère compression de l’entorse, sans aller jusqu’à couper la circulation sanguine par un garrot, évidemment. Mais cela permettra de bien entamer la cicatrisation. »

Comment réagir ?

En la matière, mieux vaut d’ailleurs éviter, dans un premier temps du moins, les anti-inflammatoires. « Ce n’est pas conseillé, en effets, dans les premiers jours, avertit Jean-Michel Serra. La phase anti-inflammatoire que met en place l’organisme est destinée à éliminer les déchets liés à la blessure. Mettre une pommade ralentirait ce processus. On peut en revanche porter éventuellement une attelle les jours suivants, pour éviter toute torsion ou flexion supplémentaire, au besoin porter des béquilles si le traumatisme est important. »

Ce qui conduit à une question qui devrait surgir naturellement à chaque traumatisme : faut-il consulter ? « C’est toujours préférable, oui, assure le docteur. Parce que l’entorse peut être plus grave qu’on ne le croit. On peut aussi penser qu’il s’agit simplement d’une entorse, la cheville est peu gonflée, mais il s’agit en fait d’un arrachement osseux, ou d’une contusion osseuse. Ce ne sont pas les mêmes options de soins. Si au bout de deux jours la cheville n’a pas retrouvé un aspect normal, mieux vaut envisager une évaluation médicale. »

Reprendre l’activité ?

Une fois en état de marcher, au moins, comment reprendre l’entraînement ? Dans les cas lourds, « une fois que l’articulation a dégonflé, on pourra entamer un travail de rééducation avec un kiné, ce qui est d’ailleurs toujours préférable, conseille Jean-Michel. Tout dépendra ensuite du mécanisme et du niveau de l’entorse. En théorie, la course à pied ne nécessitant pas d’appuis latéraux si elle est pratiquée sur terrain plat et non accidentée, on peut concevoir de recourir au bout de quelques jours, avec un système de straps efficace, si on a vraiment un objectif en vue… A condition de ne pas trop tirer sur la cheville, pour respecter les longueurs de cicatrisation. Mieux vaut toujours privilégier le vélo, par exemple, dans cette situation, le temps que les structures retrouvent toutes des tensions normales. » En gardant à l’esprit une règle incontournable : « Plus on courra sur une entorse mal soignée et plus on mettra de temps à en retrouver un fonctionnement structurel normal. » En la matière aussi, la patience est d’or.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Le meilleur moyen d’éviter les entorses, c’est de travailler la proprioception, sorte de système réflexe interne. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 09/11/2018 à 16:24 - mis à jour le 09/11/2018 à 16:43


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