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Comment concilier course et vie quotidienne ?

Métro, boulot, dodo, et au milieu, entraînement. Pour beaucoup de coureurs, concilier vie professionnelle, familiale et sociale et course à pied est un exploit en soi. Et, là comme ailleurs, on peut toujours chercher à progresser.

Peut-être plus encore qu’un premier marathon ou une barrière qu’on brise sur 10 km, c’est là l’un des grands exploits en matière de course à pied : parvenir à concilier travail, famille, vie sociale, entraînement et compétition – les deux dernières activités ne représentant souvent qu’une option pour le commun des mortels. La solution relève parfois du casse-tête chinois, d’autant plus quand les notions de forme, de méforme et donc de blessures potentielles entrent en jeu…

Des échanges quotidiens

« C’est surtout un problème pour les gens qui sont très pris par le travail, qui se déplacent beaucoup et doivent courir le matin ou le soir, tard », pointe Jean Delatour, entraîneur hors stade en région parisienne et encadrant des stages des équipes de France de marathon. Ici, vous l’aurez compris, il sera surtout question de ceux qui font de leurs quatre ou cinq séances hebdomadaires un passage obligé, une étape incontournable de leur agenda. En dessous de cette moyenne, la gestion du temps s’avère déjà nettement plus simple. Mais pour ceux qui tiennent à maintenir un nombre de séances élevé ? « Tout sera lié à la forme du jour, et il faut être prêt à changer de programme quasiment au quotidien, assure l’entraîneur. L’essentiel reste d’arriver en forme sur l’objectif qu’on s’est fixés. Il faut donc savoir annuler ou déplacer un entraînement si la vie de famille ou professionnelle fait qu’on est trop fatigué. » Ce qui suppose des échanges permanents avec l’entraîneur. « Ce sont des mails tous les jours ou presque pour voir si tout va bien, en plus de se parler sur le stade une à deux fois par semaine. »

Plus court, pas plus vite

Pour en arriver à quelles décisions ? « Globalement, si l’emploi du temps ne permet pas de tenir le rythme, on allégera les séances en semaine pour charger davantage le week-end, reprend Jean Delatour. Faire 1h00 au lieu d’1h30, par exemple. » Attention toutefois : faire plus court ne veut pas dire faire plus vite. « C’est souvent le piège dans lequel tombent les gens pris par le temps : comme ils courent moins longtemps, ils veulent aller plus vite. Mais c’est là, justement, qu’on se blesse. »

On ne rattrape pas le temps : on s’adapte, seulement. « Quand l’activité de la journée a été importante au travail, qu’on est vraiment fatigué, vouloir changer de programme pour courir plus vite sur des distances plus courtes n’est pas une bonne chose. On risque la blessure. Mieux vaut se contenter d’un footing en endurance, ou préférer faire cinq kilomètres à bonne allure plutôt que des 500 m trop rapides. » Des conditions qui doivent aussi de jauger à l’aune de la personne concernée, de son état de forme, de ses conditions de vie sur les dernières semaines. « Quelqu’un qui dort peu et est fatigué a plus de risques de se blesser », rappelle Jean.

Ecouter son corps

Reste que chacun ne dispose malheureusement pas des conseils quotidiens d’un entraîneur. Dans ce cas, comment appréhender ces périodes où la fatigue et la volonté de ne pas rater ne serait-ce qu’une séance prennent le pas, parfois, sur la lucidité ? « Il faut vraiment écouter son corps, il n’y a que ça à faire, soupire le coach. Ne pas partir en fractionnés si l’on sent, d’emblée, qu’on n’est pas bien, mais se contenter d’un footing. » Il faudra surtout apprendre, ici, à distinguer la légitime fatigue physique liée à l’entraînement ou celle, plus pernicieuse et source de problèmes, née d’un état nerveux précaire ou d’un manque de sommeil.

Au passage, il n’est pas inutile de rappeler que faire entrer plusieurs entraînements dans l’emploi du temps hebdomadaire ne peut s’envisager qu’au prix d’un minimum de rigueur dans l’hygiène de vie, sur le plan du sommeil, de l’alimentation et hydratation en particulier.

Boire, courir et manger

Reste, enfin, à savoir quand caler ses séances. Certains n’ont d’autre choix que de courir tôt le matin, avant les activités de la journée. « On est alors dans une phase de réveil musculaire, et on devra vraiment privilégier les efforts d’endurance douce aux fractionnés, conseille l’entraîneur. Mais des longues variations d’allure jusqu’à 70% de la VMA sont possibles. » Et à condition de ne pas courir trop longtemps (moins d’une heure), et d’emporter avec soi un peu d’eau, de sucre et de gel, courir à jeun avant le petit déj’ reste donc envisageable.

Pour le midi, « pas de problème pour fractionner ». A condition de s’entraîner avant le repas à la cantine avec les collègues, sous peine de se retrouver un poil lourd, et pas franchement performant, pendant la séance. « Tout dépendra aussi du temps dont on dispose : tant qu’à faire, mieux vaut privilégier l’échauffement et diminuer le temps de récupération d’après séance. » Enfin, pour qui courra tard le soir, il faudra, là aussi, s’entraîner avant le repas, et « commencer lentement, car on a alors souvent tendance à vouloir aller vite ». A noter, également, que « courir à une heure avancée peut perturber le sommeil dans les premiers temps ». Au final, « il faut envisager de s’entraîner deux fois le week-end pour pouvoir se contenter de séances allégées dans la semaine. Les choses sont plus simples ainsi. Mais quoi qu’il en soit, il faudra à la fois respecter la régularité dans l’entraînement et les allures de course si l’on veut progresser », prévient Jean Delatour. Car pour le chrono en fin de course, pas de mot d’excuse, de surcharge de travail ou d’activités qui tienne : son verdict est le même pour tous.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Il faut être prêt à changer de programme quasiment au quotidien. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Jean DELATOUR

Brevet d'état 1er degré - Entraîneur FFA 2ème dégré Hors-stade
25 ans d'expérience en tant qu'entraîneur.
Athlète dans les années 80, intervient actuellement aux clubs du Plessis Robinson et de Clamart. Entraine tous types de coureurs du 800m au Marathon et au trail et participe activement à l'encadrement des stages Equipe de France Hors-stade
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 06/12/2018 à 09:52 - mis à jour le 06/12/2018 à 10:17


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