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Trailers : comment bien courir en pleine nuit ?
Les trails nocturnes introduisent une nouvelle donne dans l’entraînement des coureurs : comment bien se préparer à courir en pleine nuit ? L’exercice implique aussi bien les cinq sens que l’équipement, le physique et la prudence.

Les participants de la SaintéLyon, entre autres épreuves, connaissent bien le phénomène : quand vient la nuit, le coureur évolue dans un monde différent, où les repères valsent, où la moindre foulée se vit différemment. Comment s’y préparer ? « Dans l’entraînement, il y a toujours une phase de préparation spécifique, pointe Philippe Propage, référent national sur le trail. Que ce soit sur 10 km, marathon ou trail, il faut, à un moment, se mettre dans les conditions spécifiques de son épreuve. Et donc apprendre à courir de nuit, pour certains. »
 
Retrouver ses repères

A l’approche d’un trail qui vous promet une plongée dans l’obscurité, mieux vaut donc planifier certaines de ses sorties après la tombée de la nuit. « Deux séances par semaines ne sont pas de trop pour s’y habituer, prévient l’entraîneur. Car la nuit, on perd un certain nombre de repères. La vitesse, tout d’abord. De jour, elle nous est donnée par la vitesse de déplacement des éléments sur le côté. Or, de nuit, le coureur a juste un rond éclairé devant lui, grâce à sa lampe, et il ne voit plus ce qu’il y a sur le côté. L’allure est donc difficile à apprécier. »

Autre difficulté : ne courir qu’en se repérant à cette empreinte lumineuse qui vous précède. « Il faut par exemple éviter de baisser la tête pour voir devant ses pieds, mais au contraire la maintenir droit pour voir loin. Et accepter que l’endroit où on pose les pieds ne sera pas éclairé. Il faut également prendre conscience que ces conditions modifient la perception des choses et des obstacles. Avec l’ombre projetée par la lumière, un petit caillou peut sembler énorme. La vision doit donc aussi s’adapter. »
 
La nuit, c’est aussi le froid

On n’y pense pas forcément quand on la vit en mode coureur, mais la nuit est aussi synonyme de froid. « Si on reprend l’exemple de la SaintéLyon, illustre Philippe Propage, on se retrouve avant le départ dans une grande salle chauffée avec plusieurs milliers de personnes. Quand on prend le départ, tout va bien. Mais, le lendemain matin, la température est froide et on se retrouve en plus sur les hauteurs, en légère altitude, où il fait encore plus frais. La différence avec les conditions du départ est importante. Il faut donc prévoir dans son équipement de quoi s’habiller chaudement. »

Autre problème posé par la froid : il peut endormir la sensation de soif, alors même que l’hydratation reste nécessaire, d’autant plus quand on porte plusieurs couches de vêtements. « Heureusement, les ravitaillements sont fréquents sur un trail, et on n’est jamais vraiment seul sur le parcours. Mais il ne faut pas oublier de boire, même la nuit, pour éviter la déshydratation. »
 
Et le sommeil ?

Admettons-le, il est rare de voir un coureur tomber de sommeil au sens littéral du terme, en pleine nuit. Mais le problème du manque de repos n’en est que décalé. « Avec l’adrénaline, on ne souffre pas du manque de sommeil sur l’instant, souligne Philippe Propage. Mais une fois la course terminée, quand on revient au chaud, on peut avoir une vraie décompression, et l’envie subite de dormir. » Là n’est toutefois pas le plus risqué. « Le problème, c’est quand on va reprendre sa voiture après la course pour rentrer chez soi… » Un conseil : éviter à tout prix ce genre de situation. Soit en utilisant les transports en commun ou d’éventuelles navettes mises à disposition par l’organisation, soit en prévoyant que quelqu’un vienne vous chercher à l’arrivée. Si besoin en profitant du covoiturage. 
 
Tester, aussi, son matériel

Au final, deux sorties nocturnes par semaine ne seront pas de trop pour adapter son organisme au monde de la nuit. « Un footing normal et une sortie plus longue, calcule l’entraîneur. Il faut par ailleurs courir sur le même type de terrain et les mêmes conditions, si possible. Si on court pendant 60 km, il faut apprendre à bien gérer cette distance. Pour cela, il ne faut pas hésiter à s’aligner sur des courses intermédiaires, de distance moindre. »

Autre point important, ces sorties seront aussi l’occasion de vérifier et adapter son matériel. « La lumière, frontale ou qu’on place sur le thorax, les piles… Il faut d’ailleurs prévoir de changer celles-ci souvent, car elles se vident beaucoup plus vite avec le froid. Ces batteries doivent d’ailleurs se remplacer avant même de commencer à faiblir, car si elles déclinent lentement, l’éclairage sera moins bon sans qu’on ne s’en aperçoive vraiment. » Et à moins d’être une chouette, votre lampe restera votre meilleur allié lors d’un trail nocturne.

Cyril Pocréaux pour J'aime Courir
 
Exergue - Citation : « La nuit, on perd un certain nombre de repères. La vitesse en premier lieu. »


Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Philippe PROPAGE

Référent national du Trail
Entraîneur de haut niveau depuis de nombreuses années notamment de plusieurs athlètes de l'équipe de France dont 2 champions du Monde
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 01/11/2017 à 14:03 - mis à jour le 01/11/2017 à 14:13


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