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Le footing de récup, un rituel utile ?
Il est ancré dans les mœurs de la plupart des coureurs, et c’est probablement une bonne chose. Mais à quoi sert précisément le footing de récupération ? Et est-il vraiment adapté à tous les types d’efforts ?

Voilà une habitude qui confine au rituel : à chaque fin de séance ou de course, il en est toujours quelques-uns, les plus motivés (ou ceux qui se sont le moins donné juste avant, diront les mauvaises langues), pour entraîner les autres dans le fameux « footing de récup’ ». Mais pour quoi faire, finalement ? Et est-ce bien raisonnable ?
 
Refermer la parenthèse

« Ce qu’on peut dire, c’est que quand l’effort a été dur, qu’on a mal aux jambes, le footing de récup donne au moins l’impression d’en avoir vraiment fini avec la séance, estime Patrice Binelli, coach J’aime courir et membre de la Direction technique nationale. C’est aussi une manière, quand on travaille en groupe, de revenir sur la séance, de parler de ses sensations. L’entraînement est un tout, et la récupération en fait partie. » Une parenthèse qui se referme, en quelque sorte, autant utile sur le plan mental que physiologique.

« C’est un élément important dans notre culture athlétique, une phase de transition légère qui permet de drainer les flux sanguins après une séance intense. » Le premier intérêt qu’on trouve au footing de récupération est là, en général : une réoxygénation musculaire qui permet, en activant la filière aérobie, de « drainer les déchets produits par la séance vers des zones de re-synthèse et de nettoyage », explique le docteur Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. Un vaste système de recyclage des molécules produites par un effort, comme l’acide lactique par exemple, transportés par le sang. « On fait redescendre le niveau physique à des valeurs plus douces, grâce à une circulation sanguine soutenue sans pour autant être intensive », poursuit le doc.
 
Piscine, vélo… et marche arrière.

Là est, justement, l’équilibre à trouver : ne pas trop solliciter à nouveau un organisme éprouvé. Si certains rechignent à la tâche, c’est peut-être qu’ils ont la sensation, confusément, que leur corps préfère décrocher. « Le footing de récupération me semble d’ailleurs plus approprié après un entraînement qu’une compétition, où on peut être très fatigué, et pas forcément utile tout de suite après un marathon, où l’effort est long et l’allure lente », calcule Patrice Binelli.

« On peut c’est vrai se poser la question de l’utilité de mettre à nouveau des impacts sur des membres inférieurs qui sont déjà allés au-delà de ce que le corps pouvait normalement supporter en termes d’intensité. Est-ce bon de taper dessus sur une phase de récupération ? », s’interroge Jean-Michel Serra. Les fidèles du site J’aime courir pensent déjà, on le devine, aux pratiques alternatives, vélo ou aquajogging… « Effectivement, le vélo, la piscine ou la marche active ont l’avantage d’activer la circulation sanguine sans provoquer de chocs. Quelle que soit l’activité, il est important de faire tourner le cardio sur de l’endurance douce, plaide le médecin. Sinon, on peut aussi faire sa récup en courant en marche arrière. » Pardon ? « Oui : cela permet de travailler différemment. Au lieu d’avoir toujours les mêmes muscles et tendons sollicités dans un même sens, on fait travailler les systèmes antagonistes. »

Mais a-t-on déjà vu des athlètes récupérer en marche arrière toute ? « Cela ne se fait pas beaucoup en Europe car, il faut le dire, on a un peu honte du regard des autres, mais on le voit beaucoup dans les pays asiatiques, argue le médecin. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de le tester sur de petits groupes d’entraînement, le lendemain d’une compétition. Je me suis aperçu qu’ils récupéraient beaucoup plus vite. Bien entendu, on ne court pas ainsi pendant une demi-heure. Deux ou trois tours sur pelouse sont suffisants, en essayant de ne pas se casser la figure… »
Un des débats sur le footing tient d’ailleurs là : la durée de la récupération en question. « En général dix minutes suffisent, sur pelouse si possible, précise Patrice Binelli. Pas besoin d’aller au-delà. » Il sera largement temps, lors de la prochaine séance, de se mettre à nouveau dans le dur…

Ciryl Pocréaux pour J'aime courir
 
« Il s’agit de drainer les déchets produits par la séance vers des zones de nettoyage. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et référent national du cross et courses Hors-stade. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
et aussi avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 28/02/2018 à 16:08 - mis à jour le 28/02/2018 à 16:27


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