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De l’interêt (ou pas) de la pasta party

Le rituel de la pasta party qui ouvre nombre courses hors stade, la veille de l’épreuve, est-il le meilleur moyen de s’y préparer ? Quelques éléments de réponse.

On n’ira pas jusqu’à soupçonner certains de ne prendre part à des courses que pour cette occasion, mais enfin : la pasta party est aujourd’hui un rituel tellement ancré dans le monde des courses sur route que beaucoup se trouveraient fort dépourvus si rien n’était prévu la veille de leur épreuve. Pour les béotiens, la pasta party, c’est ce grand banquet en commun dans le gymnase du coin qui rythme la soirée, la veille de l’épreuve, souvent mis en en place par l’organisateur. Le principe : engranger les sucres lents à grandes fourchetées de pâtes.

Apports indispensables

« Les apports glucidiques sont en effet essentiels puisque ce sont eux qu’on utilise pendant l’effort, rappelle Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. C’est le carburant essentiel de l’activité musculaire. Des études ont par exemple montré que dans des pays de grands coureurs, comme le Kenya ou l’Ethiopie, 65 à 70% des apports alimentaires sont glucidiques, parce que plus faciles à se procurer. »

D’où l’idée de faire le plein juste avant la course. « Les repas qui précèdent la compétition sont, en particulier, prépondérants : ils permettent de maintenir le stock de glucides sans puiser dedans pour les besoins quotidiens. Toute la semaine est donc stratégique pour entretenir ce stock. » Jusqu’au rendez-vous commun de la veille, surtout pour les coureurs qui ne sont pas du coin et préfèrent manger en groupe que seuls dans leur coin. « Si on ne prend pas ce fameux repas de la veille à base de glucides, on puise dans le stock dès le lendemain matin. Car le matin même de la course, avec le stress et le temps de digestion indispensable, il n’est pas très simple de s’imaginer pouvoir beaucoup manger. Le dernier vrai repas, c’est donc celui-là. » Et qui dit repas dit aussi boisson, rappelons-le : « Il est indispensable de bien s’hydrater, ça aide à la digestion », rappelle le médecin.

Pasta party, oui mais…

Reste que le terme, en lui-même, peut porter à débat. « Quand on parle de glucides, on oublie souvent les légumineux (légumes secs, poids chiches, lentilles, haricots blancs), pointe Jean-Michel Serra. Les glucides, ce ne sont pas juste du pain et des pâtes… Ou alors les anti-gluten vont vite monter au créneau ! En fait, il vaudrait mieux appeler ces soirées des ‘‘Glucides-party’’ ou des ‘‘Energie-party’’. »

Et puis, au-delà de la sémantique, pointe une question : se coucher un peu tard la veille d’une course, est-ce bien raisonnable ? « Les intégristes de la préparation physique considèreront sans doute qu’il ne faut pas se coucher trop tard la veille, sourit le docteur. Mais c’est mieux de se retrouver dans une ambiance festive et conviviale plutôt que stresser seul dans sa chambre d’hôtel avec la cantine qu’on s’est apportée, couché à 21h00 en regardant sa montre sans réussir à dormir… Le côté psychologique a aussi son importance dans la performance. » Surtout quand vous ne visez pas un record du monde. « 99,99% des participants ne joueront pas la victoire le lendemain, et ne sont pas non plus du genre à aller en boîte après la pasta party… On sait par ailleurs que c’est surtout la fatigue de l’avant-veille qui pénalise la performance. Le lendemain d’une soirée où on a veillé, on tient encore sur l’excitation et le stress. C’est surtout le surlendemain, quand l’adrénaline est redescendue, qu’on se sentira fatigué. » N’en profitez pas toutefois pour vous offrir une nuit blanche. Party, d’accord, mais c’est surtout le côté pasta qui compte, dans l’expression…

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Les repas qui précèdent la compétition permettent de maintenir le stock de glucides. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 09/05/2018 à 22:46 - mis à jour le 09/05/2018 à 22:53


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