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Peut-on vraiment concilier cigarette et course ?

Si certains pensent que courir et fumer peuvent coexister, qu’ils se le disent : ils se trompent. Lourdement, même : au-delà de performances en berne, la cigarette conserve un impact particulièrement nocif sur la santé des coureurs.

On connaît le refrain, que certains se martèlent pour mieux se persuader de l’inoffensivité de leur comportement : en griller une, avec tout ce qu’on élimine en courant, ce ne serait pas si grave que ça… « C’est vrai, on en voit parfois qui s’amusent à fumer avant ou juste après avoir couru », sourit Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. Mais l’habitude n’y change rien : les cigarettes font très mauvais ménage avec la course. En termes de performance, mais également sur le plan sanitaire…

Moins de circulation, moins de protection

« La nicotine a une action sur le système vasculaire en général, détaille le médecin. Fumer juste après l’activité physique génère des spasmes sur les artères coronaires, celles qui irriguent le cœur. Les vaisseaux se resserrent, se referment, et l’apport sanguin est moindre. Ce n’est jamais très bon, surtout quand on cherche à récupérer… Cela peut engendrer des soucis cardiaques. Si on a un problème sous-jacent, que le cœur n’est pas forcément au top, cela peut même mener à l’infarctus. »

Plus insidieux, encore : le fait de fumer entame le potentiel du système respiratoire à long terme : « les bronches disposent de mécanismes réflexes, pour se défendre, décrit Jean-Michel Serra. Elles se referment et produisent du mucus pour éliminer les agents pathogènes. Le corps se défend. Or chez les fumeurs avérés, ces systèmes perdent en efficacité. Les cils qui servent de filtres sont atrophiés. Le système de défense est amoindri, affaibli. Du coup, l’organisme ingère encore plus de produits toxiques, polluants ou autres allergènes. » D’autant plus problématique quand, comme pour tout coureur, on brasse un fort volume d’air à chaque entraînement.

Reste, enfin, la question : comment faire pour ceux qui ne peuvent s’empêcher de tirer sur une cigarette à intervalles plus ou moins rapprochés ? « Qu’au moins ils ne fument pas dans les deux heures qui suivent un effort », soupire Jean-Michel Serra.

Des résultats qui plongent

Et pour ceux qui tiennent plus à leurs performances qu’à leur santé (si, si, cela existe), qui se laisseraient aller à penser que fumer n’entame que leur espérance de vie, mais pas leurs résultats, qu’ils se le disent : le chrono pâtira tout autant que leur organisme de cette mauvaise habitude. « Si on est sur une discipline d’endurance, on a une baisse de son capital respiratoire, car le système bronchique est tout simplement encrassé, prévient le docteur. On aura donc moins de facilité à courir, et moins de facilité de récupération. »

Et quid du sprint, par exemple ? « Sur les disciplines plus explosives, comme le sprint, on aurait tendance à penser qu’on peut fumer et s’entraîner. Mais être capable de répéter les entraînements, c’est aussi disposer d’une bonne endurance fondamentale… Certes, les restrictions à avoir ne sont pas aussi conséquentes que sur le demi-fond ou le fond, mais cela pose également problème. »

D’autant qu’au-delà des pures capacités respiratoires, la cigarette s’attaque aussi au capital musculaire. « Les tabagiques connaissent bien le problème des artérites des membres inférieurs… Là encore, les spasmes dans les artères rendent chaotique la circulation sanguine, la capacité du muscle à bien fonctionner, et donc la performance sportive. »

Et n’imaginez même pas vous autoriser une petite cigarette, une seule, avant une course, pour chasser le stress. « Juste avant de courir, une cigarette va limiter les capacités à l’effort. Pour bien le comprendre, il suffit de se rappeler qu’on s’échauffe pour ouvrir les vaisseaux sanguins, mieux vasculariser l’organisme et profiter d’une meilleure circulation sanguine. Or les fameux spasmes dont on parlait referment justement les vaisseaux… On va donc à l’inverse de l’effet recherché. »

Conclusion ? « Fumer ou courir, il faut choisir », paraphrase Jean-Michel Serra. CQFD.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Fumer génère des spasmes sur les artères coronaires, qui irriguent le cœur. Les vaisseaux se resserrent, et l’apport sanguin est moindre. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 28/06/2018 à 09:53 - mis à jour le 28/06/2018 à 10:42


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