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Mal de dos : les douleurs du coureur

Mal de notre temps, les douleurs dorsales se déclinent aussi chez les coureurs. Problème : elles peuvent provoquer des tensions dans les membres inférieurs, et empêcher de courir. A moins que…

N’ayez crainte : on ne va pas faire défiler, ici, la liste exhaustive des maux du dos, ce mal du siècle qui engourdit les lombaires de nos compatriotes. Un article n’y suffirait pas. Surtout que se contenter d’évoquer les problèmes dorsaux spécifiquement liés à la course à pied est déjà en soi une tâche d’envergure. « Le plus souvent, les zones lombaires sont touchées, à cause d’un manque d’efficacité du système de maintien qui soutient les efforts du corps », expose Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. En d’autres termes : le manque de gainage et de renforcement musculaire nuit au dos du coureur. Et ce n’est pas tout : le mal a tendance à se propager dans d’autres zones du corps…

Un système articulaire mis à rude épreuve

Mais revenons-en, pour commencer, à la base du problème : le manque de maintien musculaire. « Avec le temps, les tension vont s’accumuler, prévient le médecin. Et ce n’est pas une question d’amorti plus ou moins important – des arguments sans fondement inventés par les marchands de chaussures. Ce qui importe, c’est la capacité des muscles à travailler pour maintenir le haut du corps, à être bien gainé. Qu’on ne soit pas là à porter un sac de cailloux… Le gainage, le maintien, c’est un vrai soutien à la performance. » Et même un peu plus, du point de vue médical. « Toute la région sacro-iliaque jusqu’au haut du corps est concernée, en passant par le rachis lombaire voire cervical. »

Du bassin au cou, en somme. « Si le système musculaire n’est pas assez performant pour maintenir l’ensemble, comme toujours dans ce genre de situations, c’est le système articulaire qui a vocation à amortir les chocs. Les disques intervertébraux vont alors peu à peu être comprimés. On peut prendre l’image d’une pâte à modeler entre deux cailloux plats : la pâte va sortir sur les côtés à force d’être tassée. Ici, la pâte, ce sont les disques intervertébraux. Ils sont par ailleurs d’une matière gélatineuse, très riche en eau. Si on est déshydraté, ils se tassent et s’assèchent, et sont placés dans des conditions qui vont favoriser une hernie discale. »

Le cerveau s’en mêle

Nous y voilà : le disque, en sortant de la zone qui lui est dévolue, vient se balader près des nerfs. Et cela fait mal. « Ils peuvent comprimer une racine nerveuse, l’irriter, confirme Jean-Michel Serra. Or dans ces cas-là, l’organisme envoie un message au cerveau pour que la zone arrête de bouger : le corps n’a pas envie que les nerfs soient abîmés, il les sait précieux. » La nature est bien faite, tout de même, on se dit… « Tous les muscles se mettent alors en contraction musculaire dans la zone concernée. Ce sont souvent des muscles qui servent à la posture, et qui ont une capacité à tenir une contracture longtemps. Une partie du groupe musculaire va travailler si l’autre ne fait rien. » Problème : ces contractures peuvent se situer dans des zones handicapantes pour la course. « C’est ce qu’on appelle des douleurs projetées, de type sciatique. On parle alors de sciatalgie, qui peut intervenir sur tout le trajet des muscles. »

Toute la zone de parcours du sciatique, du bas du dos jusque dans le pied en passant par les ischios-jambiers, peut être concernée. Ce qui a le don, par ailleurs, de compliquer le diagnostic et l’identification des causes réelles du mal. D’autant que la douleur ressentie est semblable à celle d’une lésion musculaire.

Se préparer en conséquence

Comment s’en préserver ? « Il faut se préparer pour que le corps soit en mesure de bien se maintenir au niveau du haut, d’éviter que le dos ne soit sous tension, insiste le médecin. Privilégier le travail d’abdominaux et de lombaires, en travail excentrique, en verrouillant le bassin et la zone du périnée. Il faut pouvoir être fort dans l’allongement maximal du muscle. » Inutile de le cacher : ici, l’aide d’un professionnel de santé est la plus à même d’éviter les mauvais gestes, et d’identifier ceux qui seront utiles.

Après la visite chez un médecin du sport qui pourra cerner les causes du mal au terme d’un bilan et d’un diagnostic, l’apprentissage de la bonne gestuelle de renforcement, voire une rééducation, chez un kinésithérapeute ne seront pas un luxe, loin s’en faut. « En la matière, quinze minutes d’exercices de renforcement sont beaucoup plus utiles que trente minutes de course dans la semaine », assure Jean-Michel Serra. Sans oublier l’hydratation. « C’est un point essentiel. L’hydratation est primordiale pour les disques intervertébraux, et bien des maux peuvent être résolus non pas avec des antalgiques, mais avec une bonne hydratation, trois litres d’eau par jour. Des lombalgies peuvent disparaître au bout de deux ou trois jours. L’eau reste un excellent remède, gratuit, qui ne coûte rien à la Sécu, et sans effets secondaires. » A consommer sans modération, donc.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Ce sont des douleurs projetées, de type sciatalgie, qui peuvent intervenir sur tout le trajet des muscles. »



Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 15/11/2018 à 21:55 - mis à jour le 15/11/2018 à 22:25


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