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Aider un autre concurrent : règles et techniques.

Aider quelqu’un à tenir le rythme et battre son record sur une course ? Une démarche solidaire, et de plus en plus répandue. Mais la pratique doit s’encadrer de certains principes, réglementaires d’abord, techniques ensuite, si on veut la mener à bien.

La démarche est fréquente, dans les pelotons : accompagner un copain, une amie, quelqu’un qui court un peu moins vite, pour l’aider à améliorer son chrono sur une course. « On connaît déjà cela avec le principe des meneurs d’allure officiels qui régulent le rythme et font partie de l’organisation d’une course, pointe Patrice Binelli, entraîneur au sein de la Direction technique nationale. Mais certains coureurs font également appel à des amis pour avoir un tempo personnel. On l’a vu aussi, sous une forme très organisée, avec la tentative d’Eliud Kipchoge de passer sous la barrière des deux heures au marathon avec plusieurs lièvres autour de lui [le 6 mai 2017]. » Ici, l’exercice est différent de celui des meneurs d’allure : plutôt que de tenir un rythme sans se soucier des suiveurs, il s’agira de coller au plus près aux demandes du camarade. Une démarche solidaire, un geste d’entraide de la part du lièvre, mais pas forcément simple à réussir…

Rester dans les clous

Premier point à souligner : l’obligation de s’inscrire à l’épreuve pour accompagner quelqu’un. Une exigence réglementaire, puisqu’un coureur peut tout simplement être disqualifié s’il est aidé par un tiers qui ne fait pas partie de la course et évolue sans dossard. « Sans oublier qu’il faut respecter les organisateurs, observe l’entraîneur national. Si on prend part à la course, sous quelque forme que ce soit, il y a des règles d’engagement à suivre, des droits d’inscription à payer. On ne peut pas courir sans dossard. » Une fois ce point réglé, reste le plus compliqué : trouver le bon rythme et la bonne attitude en course.

« Avec un meneur d’allure classique, on se cale dans sa foulée et il faut s’adapter. Là, c’est autre chose, et le travail du lièvre n’est pas si facile que ça. Il faut trouver de suite le bon tempo. En particulier ne pas partir trop vite, ce qui peut être d’autant plus utile si celui ou celle qu’on accompagne a l’habitude préjudiciable de démarrer trop rapidement sur les premiers kilomètres. »

Rien de simple

Une fois la course lancée, le lièvre devra à la fois garder un œil sur le chrono et le rythme à respecter, tout en étant attentif à l’état de son suiveur. « L’idée est que la course soit la plus lisse possible. On peut regarder son GPS, mais on sait qu’il y a des incertitudes sur les données qu’ils fournissent. Le mieux est de surveiller les temps sur les passages à chaque kilomètre s’ils sont notés sur la course. Mais si le principe est de courir à un rythme régulier, il faut aussi pouvoir s’adapter sans cesse, sentir si on doit ralentir ou accélérer, conseille Patrice Binelli.

Et ce n’est pas anodin : si on s’adapte trop, on peut rapidement perdre le fil et le rythme. C’est pour cette raison que le choix de son lièvre est important : il doit être plus fort et plus rapide que celui qu’il aide sur la distance. Avoir suffisamment de marge pour gérer et sentir différentes allures. Si sa marge est trop faible, sa mission devient trop compliquée. Le rôle de meneur ne se décide donc pas au dernier moment. On ne peut pas l’improviser. Et quand on ne l’a jamais fait, cela n’a rien de simple. »

Où se placer ?

Au-delà du rythme, d’autres questions techniques se posent. Où se situer, par exemple ? « Normalement, le lièvre court devant celui ou celle qu’il aide, estime le coach. Mais cela peut évoluer pendant la course. Si l’autre a un coup de mou, on peut revenir à sa hauteur pour mieux l’encourager, lui redonner le moral » – et l’observer, serait-on tenté d’ajouter. Ici, un brin de psychologie ne sera pas superflu. « Certains coureurs ont besoin qu’on les encourage, d’autres qu’on les laisse au calme. Cela dépend aussi des affinités entre personnes, et il faut pouvoir s’adapter au cas par cas. »

Reste, enfin, la question plus pragmatique des ravitaillements. « Puisque le lièvre est censé mettre l’autre coureur dans les meilleures dispositions, et lui permettre de conserver un rythme régulier, c’est logiquement à lui de prendre les ravitaillements et de les lui proposer. » A condition de pouvoir rattraper celui qu’on aide une fois avoir pris quelques mètres de retard. Si ce n’est pas le cas, c’est que le choix du lièvre n’était sans doute pas le bon…

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Le rôle de lièvre ne se décide pas au dernier moment. On ne peut pas l’improviser, et cela n’a rien de simple. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et référent national du cross et courses Hors-stade. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 30/11/2018 à 15:40 - mis à jour le 30/11/2018 à 16:09


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