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L’asthme d’effort, ce mal de notre temps
Pathologie relativement fréquente chez les coureurs, l’asthme peut apparaître au gré de la pollution, des allergies, voire d’une pratique sportive trop longue et trop intensive. Si elle n’est pas incompatible avec la course, elle doit s’entourer de minutieuses précautions.
  
C’est un mal de notre temps. Et pas seulement parce que le nombre de coureurs augmente sans cesse, révélant au passage des pathologies jusque là insoupçonnées. Car l’asthme est aussi le fruit de la pollution, des composés volatiles et divers allergènes qui emplissent l’atmosphère. Chez l’athlète, il se traduit souvent par une incapacité pure et simple à mener à bien son effort…
 
Des symptômes qui poussent à dire stop

Le footing se passe bien, jusqu’à ce qu’il devienne, peu à peu, moins confortable, plus pénible. Le rythme est pourtant le même, largement dans les standards habituels. Mais les poumons ne suivent plus. « Les premiers symptômes de l’asthme, ce sont des bronchospasmes, des bronches qui se resserrent, la perception d’un sifflement, énumère Jean-Michel Serra, médecin de l’équipe de France d’athlétisme. Tout simplement parce que l’entrée de l’air dans les bronches se rétrécit, que les canaux deviennent tout petits. » Dans la foulée, la sanction tombe, sous la forme généralement d’une toux incontrôlable, ou d’une gêne respiratoire telle que poursuivre l’entraînement devient illusoire, pour ne pas dire dangereux. « Selon l’intensité, le coureur sera obligé d’arrêter. Si on ne dispose plus d’oxygène pour alimenter la machine, si on doit se contenter d’efforts anaérobies, ce n’est plus possible. Le mieux est donc de dire stop. » Et de faire les point à tête reposée sur les raisons d’une telle affliction…
 
Polluants, allergènes et pratique intensive

« Les causes principales sont la réactivité des bronches, qui sont hyper sensibles aux polluants et aux allergènes, poursuit le médecin. Et le phénomène est accentué chez le sportif. Car son bronchospasme d’effort sera en plus lié à son hyperactivité. Celle-ci implique une hyperventilation, un entraînement sous la chaleur ou dans le froid, qui tous deux irritent les bronches et les placent en état de fragilité. Chez ceux qui ont pratiqué longtemps et de manière intensive, la muqueuse respiratoire est abîmée. Ils développent un asthme d’effort. » En d’autres termes, la pratique sportive, et en particulier la course qui sollicite au plus haut point le système respiratoire, va augmenter les symptômes asthmatiques… Pas évident, dès lors, de combiner bien-être et entraînement. Même si asthme et course à bien s’avèrent tout à fait conciliables – « on a vu plusieurs athlètes de haut niveau ou champions olympiques qui ont pu avoir ce type de problème », rappelle Jean-Michel Serra.
 
Bilan respiratoire

Premier réflexe à adopter : « Aller consulter dès les premiers signes, car une crise d’asthme peut avoir des effets dramatiques », recommande le docteur. « Mieux vaut même s’arrêter quelque temps pendant qu’on fera un bilan et des tests respiratoires, si on ne se connaît pas déjà comme asthmatique. » A partir de là, et si les tests s’avèrent positifs, un traitement devra être mis en place. « En général, il est composé de médicaments broncho-dilatateurs, qui vont élargir le diamètre des bronches en détendant les muscles périphériques. Des traitements complémentaires de fond à base de cortisone permettent de désenflammer les bronches, et d’associer les deux traitements en cas d’asthme conséquent. » Autre piste, si l’asthme est d’origine allergique, « la désensibilisation, quand le problème est allergique et vraiment bien identifié ».
 
Eviter certaines conditions

Reste qu’en la matière, ici comme ailleurs, mieux vaut prévenir que guérir. En évitant par exemple de courir dans des conditions inadaptées. « Il faut éviter à tout prix les pics de pollution, songe Jean-Michel Serra. Mais aussi les changements de température, et l’exposition à certains allergènes auxquels ont serait sensible », comme lors des périodes propices aux graminées ou aux pollens pour qui les supporte mal. Le conseil s’adresse aussi bien aux asthmatiques connus qu’à ceux qui pourraient le devenir… Quant aux premiers, ils devront penser à emmener avec eux, s’ils prennent part à une compétition, les justificatifs permettant de prouver que leur état nécessite un traitement médical. Car le contrôle anti-dopage ne tolère les médicaments contre l’asthme qu’à condition d’en être vraiment atteint. Et le mal se suffit déjà bien assez à lui-même. 
 
Cyril Pocréaux pour J’aime courir
 
« Il faut éviter à tout prix les pics de pollution, les changements de température, et l’exposition à certains allergènes… »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 19/09/2018 à 17:21 - mis à jour le 19/09/2018 à 17:32


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