Partager
La course contre le cancer
On le sait désormais : la pratique sportive et la course a pied peuvent être une arme pour vaincre le cancer. Les exemples en la matière se multiplient, les recherches scientifiques récentes le confirment. Reste à s’entourer d’un certain nombre de précautions.
  
La science est un corps mouvant : elle évolue sans cesse, au gré des avancées des connaissances, parfois aussi en fonction des changements sociétaux. Et le constat est peut-être plus vrai encore quand il est question de médecine et de santé. Les bataillons de coureurs et de coureuses, toujours plus nombreux, offrent ainsi un terrain d’étude nouveau aux chercheurs. Leurs conclusions viennent bousculer les certitudes, y compris quand il s’agit d’évoquer les maladies les plus lourdes, telles que le cancer.
 
Capacité de résistance

On a ainsi vu, ces dernières saisons, Anaïs Quéméner devenir championne de France de marathon quelques mois seulement après avoir surmonté la maladie. Ou Julien Samson monter sur le podium des championnats de France élite du 3000 m après s’être rétabli. Point commun : tous deux avaient continué à pratiquer, même à plus faible intensité, pendant leurs traitements respectifs. Et tous deux ne sont, finalement, que la partie émergée d’un mouvement beaucoup plus large : celui de coureurs et coureuses touchés par le cancer mais qui découvrent dans le sport un moyen, parmi d’autres, de le vaincre. Une donnée qui va à contre-courant des théories établies pendant des décennies. « Oui, on sait aujourd’hui que pratiquer un sport a de vraies vertus pour les malades, commente le docteur Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme, qui dans son cabinet a eu l’occasion de traiter plusieurs coureurs dans ce cas. D’une part, d’abord, pour ceux qui pratiquaient déjà : ils ont une capacité de résistance à la souffrance, une habitude à aller au-delà d’une épreuve physique qui permettent d’affronter plus sereinement un traitement. Ils ont aussi la confiance et la connaissance nécessaires pour pratiquer une activité quand ils sont malades, puisqu’ils la connaissent déjà. » Si courir est un vrai plus dans l’approche de l’épreuve, cela s’avère également une bouffée d’oxygène pour les néophytes.
 
Evasion et psychologie

« Pour ceux qui débutent, qui n’avaient jamais couru avant d’être malades, courir permet de se focaliser sur autre chose que la maladie, reprend le médecin. Pour eux, ce sera l’apprentissage d’une nouvelle gestuelle, d’une nouvelle pratique, mais aussi la rencontre d’autres gens qui ne sont pas forcément dans le milieu médical, ni malades. Il y a là une vraie donnée psychologique. » Un facteur qui a joué à plein pour Anaïs Quéméner, comme elle nous le confiait après son titre de championne de France, en 2016. « Courir m’a aidée face à la maladie. Tout le monde me disait que j’étais dans le déni, comme si j’avais juste une grippe. Je répétais à mon entraîneur : ‘‘Non, je ne suis pas malade. Je suis fatiguée, c’est tout.’’ L’athlé, c’est ma passion, mon moment d’évasion, j’avais besoin de ça. La maladie, c’était 24h/24. Le seul moment où je n’y pensais pas, c’est quand j’étais dehors avec les amis du club. Alors je me donnais à fond, et puis je dormais... Courir, c’est la seule chose qui m’empêchait de rester tout le temps dans mon canapé. »
 
Mécanismes biologiques

Depuis plus de quinze ans, l’association Odysséa cherche elle aussi, à sa façon, à dépasser le découragement. Grâce à son circuit unique de courses en France (dont la plus importante, Odysséa Paris, aura lieu le 7 octobre 2018 sur l’hippodrome de Vincennes), elle mobilise contre le cancer du sein. Mais le partenariat qu’elle a développé avec l’institut Gustave-Roussy à Paris a prouvé que courir ensemble allait bien au-delà d’un simple soutien symbolique à la cause. « Les études vont toutes dans la même direction, assure le docteur Ines-Maria Vaz Duarte Luis, en charge de la pratique sport santé et bien-être à Gustave-Roussy. Pour les malades, la pratique sportive est associée à une amélioration de la qualité de vie, ainsi qu’à une baisse du risque de récidive, en particulier dans le contexte du cancer du sein. Des mécanismes biologiques permettent de diminuer l’inflammation systémique et la fatigue… C’est une recommandation qu’on donne à toutes les ‘‘survivantes’’ : pratiquer au moins deux heures et demie de sport léger par semaine, y compris de la simple marche. C’est essentiel. Comme on peut donner un médicament, on peut aujourd’hui prescrire de l’activité physique. »
Car les témoignages sur ses bienfaits se multiplient. Comme celui de Laëtitia, fidèle d’Odysséa, touchée très jeune par la maladie d’Hodgkin, un cancer du système lymphatique, puis en 2007 par un cancer du sein. « Je ne peux même pas exprimer à quel point associer sport et combat contre la maladie est bénéfique, tout ce que cela apporte au niveau physique comme psychique », songe cette jeune quadra. A partir de 2011, elle a commencé à aligner les foulées, pour se préparer à Odysséa. « Alors que je n’avais jamais été sportive auparavant ! Mais c’est une vraie spirale positive. Ce que j’ai aimé, d’abord, c’est le partage, cette joie de vivre, ces sourires, des choses auxquelles on ne s’attend pas du tout dans ces circonstances. »
 
Pouvoir s’adapter

Reste à trouver le juste milieu, en particulier pour les coureurs habitués à un certain rythme de pratique. Jean-Michel Serra : « Il faut savoir s’adapter, en effet, et gérer son activité. Vouloir pousser la machine au maximum quand on est sous traitement - souvent d’ailleurs pour comparer ses performances à celles qu’on réalisait avant la maladie - n’est pas une bonne chose. Cela peut s’avérer dangereux. On doit savoir y aller progressivement. Il faut se ménager des temps d’accalmie : l’objectif est de gagner la course contre la maladie. » Pour Anaïs Quéméner, il aura donc fallu apprendre à lever le pied… « J’étais essoufflée très rapidement, car je n’avais plus de défenses, ou très peu. C’était compliqué niveau souffle et jambes. Mais j’ai l’impression que c’était très psychologique, aussi. En sortant du traitement, je pouvais courir 45 minutes, parce que je savais qu’il fallait que je courre. Mais en rentrant chez moi, je n’étais plus capable de monter trois marches. » Bref, « j’ai fait du sport adapté ! Du footing, tous les jours, mais à 8, 9, 10 km/h. Je faisais de la chimio toutes les trois semaines, j’étais super surveillée… Mais en sortant, j’allais courir autour de la pelouse du stade. » Ce qui implique de savoir s’entourer d’un certain nombre de précautions. « Attention, prévient le médecin fédéral : les coureurs malades doivent bénéficier d’un entourage et d’un encadrement qui les comprend et les soutient. Ce n’est pas simple. » Anaïs se souvient : « Mon père m’a accompagnée en vélo tous les jours, à chaque footing, parce qu’il avait peur que je me sente mal. Mon entraîneur me faisait tout le temps courir sur la pelouse pour pouvoir me surveiller… » Lever le pied, garder de la mesure, ne pas aller au-delà de ses nouvelles limites, quitte à changer de référentiel. « Il se peut que certains n’arrivent pas à décrocher d’une vision compétitive, constate Jean-Michel Serra, et soient obsédés par le besoin de maintenir les mêmes performances, ce qui n’est pas conseillé, on l’a dit. Dans ce cas, mieux vaut se tourner vers une autre activité que la course, en profiter pour découvrir une autre activité sportive. » Le moment viendra, bientôt, où le corps reprendra ses droits. « Bien se connaître et courir, c’est également un moyen de savoir que ça va mieux, conclue le médecin. On retrouve son souffle, ses sensations. Ce sont des paramètres qui montrent que l’évolution est satisfaisante. » Le début d’un nouveau chemin.
 
Cyril Pocréaux pour J’aime courir
 
« Courir m’a aidée face à la maladie. C’est ma passion, mon moment d’évasion, j’avais besoin de ça. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 28/09/2018 à 16:36 - mis à jour le 01/10/2018 à 00:01


AJOUTER UN COMMENTAIRE