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Vouloir trop maigrir : attention, danger !

Les troubles alimentaires, qui trouvent parfois pour les coureurs leur paroxysme dans l’anorexie mentale, sont souvent provoqués par une quête trop poussée de performance. Un non-sens sur les plans biologique comme de l’entraînement.

Le phénomène relève parfois, et trop souvent en tout cas, du tabou. Car le problème reste entier : pour certains coureurs, la quête de performance passe par la volonté forcenée de perdre du poids. Ces troubles alimentaires, qui touchent en grande majorité les femmes, peuvent pourtant mener à des extrémités dangereuses. Et ils touchent une partie conséquente des pratiquants.

Jusqu’à l’anorexie mentale

« Globalement, on estime que 15 à 20 % des sportifs sont en moyenne touchés par des comportements associés à des troubles alimentaires », estime Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. Une proportion qui varie en fonction des sports, mais la course n’est pas épargnée, loin s’en faut. « Ce sont des phénomènes qui existent dans la société, mais qui trouvent un terrain d’expression fort dans le cadre de la pratique du sport, surtout ceux où le rapport poids/puissance est important pour être performant. C’est le cas de la gymnastique, de l’escalade, et des courses de fond, évidemment. »

Les victimes de cette inclinaison seront touchées à des degrés divers. « Parmi cette proportion de coureurs concernés, une partie, certes mineure, est concernée par l’anorexie mentale, qui demeure une vraie pathologie psychiatrique, prévient le médecin. On a une image déformée de soi, et des gens très maigres vont encore se voir trop gros. Ce qui provoque des restrictions alimentaires finalement dangereuses pour la santé. »

Le piège se referme

Chez les athlètes concernés, tout part souvent d’une volonté d’améliorer ses chronos. « Le réflexe est de se dire qu’on va pouvoir, en s’amaigrissant pour être plus léger, améliorer ses perfs, observe Jean-Michel Serra. Cela peut aller d’une surveillance très stricte de son alimentation à l’anorexie mentale, comme on l’a dit. » Problème : le corps a aussi besoin d’énergie, et donc des apports alimentaires, pour se soigner, récupérer, et donc progresser.
« Il y a donc là un manque de compréhension des mécanismes biologiques du corps et de l’organisation de l’entraînement. » Comprenez : on ne peut pas s’entraîner ni être performant si on ne mange pas suffisamment… Les conséquences néfastes ne sont pas forcément immédiates, mais elles n’en sont pas moins graves. « On peut se retrouver avec un manque d’apports protéinés, qui vont toucher la charpente musculaire, le métabolisme osseux. Ou d’autres déficits qui vont également toucher le système hormonal, ce qui peut provoquer un problème d’aménorrhée [absence de menstruations] chez les filles. Il y a alors un risque de blessures et de fractures de fatigue plus important. »

Des risques longtemps sous-jacents, et d’autant plus grands. « On peut, pendant un temps, se sentir mieux, aller plus vite, parce qu’on est un peu plus léger. Mais rapidement, le piège se referme : on est fatigué, on se blesse, et on ne parvient pas à récupérer puisque l’apport n’est pas suffisant par rapport à l’effort. A ce moment-là, il est trop tard : on n’a plus les outils internes pour reconstruire ses tendons, ses os, ses muscles… »

L’importance de l’entourage

Ici, le côté psychologique joue un rôle essentiel. « Les gens concernés, souvent, ne connaissent pas les conséquences du fait de vouloir maigrir à tout prix, pointe le médecin. Ils vont finir par le comprendre mais vont peut-être mettre des années, ensuite, à remonter la pente. D’autant plus s’il y a eu une démarche alimentaire restrictive pendant longtemps : il peut être difficile de s’en défaire. » L’attitude de l’entourage est évidemment prépondérante. Dans la majorité des cas, « 80 % environ », ces problèmes de troubles alimentaires touchent la gent féminine, et apparaissent en général dès l’adolescence. « Il y a souvent une dominante de force dans les sports masculins, et donc un moindre intérêt à s’amaigrir. Autour des filles, en revanche, on va souvent entendre des remarques comme ‘‘Tu es un peu trop grosse pour courir…’’, ce qu’on ne dirait pas à un garçon. L’entourage et l’entraîneur en particulier doivent être particulièrement vigilants à leur discours. »

Et si, malgré tout, on voit le poids d’un collègue, d’une copine, tomber trop bas ? « Il faut entamer le dialogue, et consulter un médecin si possible, conseille le docteur. Mais souvent, l’entourage lui-même, famille ou entraîneur, peut être dans le déni, content de penser que l’athlète va pouvoir ainsi réaliser des performances. » En oubliant un peu vite que disposer d’un « corps tellement allégé qu’il n’en a plus de forces n’a aucun intérêt ». Sans même évoquer le danger que cela représente pour la santé.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Rapidement, le piège se referme : on est fatigué, on se blesse, et on ne parvient pas à récupérer. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de   Jean-Michel SERRA

Médecin des équipes de France d'Athlétisme
Membre de la commission médicale de la FFA
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 15/02/2019 à 16:23 - mis à jour le 15/02/2019 à 16:45


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