Partager
Claire Perraux : « La sensation d’être asphyxiée »

Depuis quatre saisons, la carrière de Claire Perraux s’écrit à mi-temps : brillante l’hiver, la championne de France de cross est en revanche handicapée, dès le printemps, par un asthme allergique qui pénalise ses performances. Un cas extrême, mais qui met en lumière les problèmes rencontrés par de nombreux coureurs.

J’aime courir : Comment ont commencé vos problèmes d’asthme allergique ?

Claire Perraux : Les tout premiers signes datent de 2013, avec des petites rhinites, mais ça allait encore. Les soucis ont vraiment commencé à partir de 2015 [Claire était alors âgée de 27 ans]. A partir de cette saison-là, des problèmes d’asthme se sont déclenchés, à partir, en gros, du deuxième tour des Interclubs. Je ne respirais plus bien. Bon, l’année dernière, ce fut plus tôt que ça, même, dès le premier tour, début mai. Rien qu’en faisant des lignes droites, ça m’a gênée. Et ça dure jusqu’à fin juillet.

Quels sont les manifestations du problème ?

Une rhinite classique, avec le nez qui coule et la gorge qui pique, mais cela se gère avec des antihistaminiques [médicaments contre les effets d’une allergie]. Le problème vient de l’asthme à l’effort. Au repos, pas de souci. Mais dès que je cours, j’ai le souffle très court, et je charge musculairement puisque je n’alimente plus mes muscles en oxygène. Je suis asphyxiée très vite, incapable d’entrer dans un effort. Et j’ai même, souvent, besoin de ventoline dès que j’ai fini de courir.

Vous avez analysé d’où vient le souci ?

Oui, je suis allergique aux graminées, qui arrivent à cette période. Les autres pollens me gênent beaucoup moins, mais les graminées me provoquent cet asthme. On en plante partout, en plus, maintenant. Mais les médecins ont du mal à caractériser la chose, ils sont un peu démunis….

Impossible d’aller vite

Vous avez suivi le parcours classique de traitement ?

Oui, une désensibilisation, d’abord, pendant trois ans, mais qui n’a apporté aucune amélioration. Puis les traitements habituels dans ce genre de situations : antihistaminiques, antiasthmatiques, des bronchodilatateurs, des traitements à la cortisone avec tous les courriers médicaux pour ne pas avoir de souci lors des contrôles, mais rien n’y fait. J’espérais que ça fonctionnerait, mais rien n’y fait : après fin avril, il ne m’est plus vraiment possible de courir en compétition, ni même de faire de grosses séances à l’entraînement. Je ne prends vraiment plus de plaisir pendant ces trois mois.

Comment faites-vous, du coup ?

J’ai essayé les distances plus courtes, comme le 800 m, parce que les efforts les plus longs sont les plus difficiles. Mais rien à faire, même là, je ne pouvais pas terminer les séances spé. Alors je m’entretiens, sans aller trop vite sous peine que les bronches ne subissent une inflammation plus forte encore. J’aide des copines du club que je peux tout de même accompagner sur des courses… J’arrive de temps en temps à faire une bonne séance, mais je sais que je ne pourrai peut-être pas courir deux jours après. C’est très frustrant.

Le climat joue sur vos difficultés ?

Mieux vaut qu’il ne fasse pas chaud ! Le vent, aussi, aggrave les choses. En revanche, la pluie améliore un peu la situation. Et en hiver, aucun souci, vraiment. Le problème est que la saison en salle est très courte, avec très peu de courses, et que le cross n’a pas la même reconnaissance que la piste. J’aimerais pouvoir faire juste une performance en été…

Les conseils du médecin

Le docteur Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme, s’est déjà penché, sur ce site, sur les causes de l’asthme allergique. Petits rappels et conseils.
« Au printemps, les pollens sont plus concentrés, et les effets sur les muqueuses internes augmentent car celles-ci s’assèchent, et deviennent plus sensibles aux particules qui s’y déposent. D’autant que, d’une manière générale, le corps a du mal à s’adapter à la chaleur. Les symptômes vont de l’irritation du nez aux yeux qui pleurent, rhinite, quinte de toux… Pour les plus sensibles, cela peut aller jusqu’à la crise d’asthme. Mais tout va dépendre du degré de sensibilité de la personne. Même ceux qui ne sont pas allergiques peuvent avoir des poussées de réaction, car il s’agit d’un mécanisme de défense de l’organisme pour repousser les allergènes. Pour éviter d’en arriver là, mieux vaut éviter les parcs où les pollens sont présents. On sait aussi qu’il y a des périodes à éviter, en particulier celles où les arbres sont en fleurs, et le début ou la fin du printemps. Il existe aussi, pour les personnes qui se savent allergiques, un répertoire, qu’on peut trouver sur Internet, des arbres à pollens, une cartographie qui peut les aider à éviter les périodes de pollinisation. Ils peuvent également courir à l’intérieur, dans une salle de gym, où la quantité de pollens sera nettement moindre. Il faut également penser à boire davantage d’eau pour permettre de nettoyer les muqueuses et de les rendre moins sèches, et même porter un masque ou un foulard sur le visage quand on court pour se protéger des particules. »

Recueilli par Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Dès que je cours, j’ai le souffle très court, et je charge musculairement puisque je n’alimente plus mes muscles en oxygène. »

Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 26/04/2019 à 17:11 - mis à jour le 26/04/2019 à 17:41


AJOUTER UN COMMENTAIRE