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Et si vous vous essayiez au cross court ?

Le débat est ouvert : court ou long, quelle est la meilleure préparation pour les amateurs de courses sur route qui veulent s’améliorer grâce au cross ?

Les coureurs sur route (du moins ceux qui consultent régulièrement J’aime courir) le savent : rien de tel que le cross country pour se préparer aux courses sur bitume, et y améliorer leurs performances. Renforcement musculaire, qualité des appuis, gestion du rythme, appréhension de la course en peloton… Les bienfaits de cross sont nombreux. Mais de quel cross, exactement ? Court ou long ?

Vingt ans déjà

La grande nouveauté de l’année 1998, dans les labours, fut l’arrivée du cross court. Jusque là, les amateurs de cross n’avaient pas le choix. Chez les seniors, l’épreuve se disputait sur des distance oscillant autour de dix kilomètres – de huit en début de saison à douze, bien souvent, aux championnats de France. Mais voilà vingt ans, donc, la Fédération internationale lance le cross court, sur quatre bornes maximum. L’objectif : attirer un nouveau public, celui habitué à la salle et adepte du 800 – 1500 m en particulier, voire plus court.

La FFA prend la foulée et intègre dès cette année-là la discipline à son programme de championnats. Les puristes font la moue, il faut l’admettre, mais la formule prend, peu à peu. Et alors que ses pelotons grossissent en même temps que le niveau augmente, au fil des saisons, le cross court s’impose dans le paysage. Mais au bout de huit ans seulement, l’IAAF raye la discipline de ses calendriers.

Un responsable ? Officiellement, Kenenisa Bekele. Le prodige Ethiopien va, pendant cinq ans de suite, truster les titres mondiaux à la fois sur le court et le long. Prodigieux sportivement, mais un échec pour la politique de diversification voulue par la Fédération internationale. Fin, donc, du cross court aux championnats du monde. Mais la formule perdure avec succès, aujourd’hui encore, dans l’Hexagone. « On l’a conservée car on estime que dans une période où les gens ont moins la culture du cross qu’avant, le cross court peut être un passage intéressant pour la formation des athlètes, et peut-être plus approprié que le long pour leurs possibilités », justifie Patrice Binelli, entraîneur référent J’aime courir et membre de la Direction technique nationale. Qui, du coup, ouvre le débat : court ou long, quelle est la meilleure préparation pour les routards ?

Pour les coureurs en formation

« Si les coureurs habitués à courir sur 10 km, semi ou marathon vont préférer le long, les coureurs en formation, qui se construisent, peuvent trouver une bonne alternative sur le court. La marche n’est pas trop haute », estime Patrice. Avaler dix bornes dans la boue, avec montées et descente, n’a rien d’une sinécure, et mieux vaut y être préparé.

« Ceux qui manquent de foncier, par exemple, trouveront leur compte sur le court. Ils pourront s’exprimer sur trois ou quatre kilomètres, ce qui serait plus dur sur du long. » Côté calendrier, le choix est ouvert. « Aujourd’hui, tous les cross proposent une épreuve de court dans leur programme. Et un autre argument s’ajoute, pour les féminines : les cross courts étant souvent mixtes, elles y trouveront des pelotons plus denses que sur le long, où hommes et femmes sont en général séparés. »

Pour la vitesse, contre la routine

Autre intérêt du court : travailler sa vitesse. « C’est un bon moyen pour cela, oui, confirme l’entraîneur. On sait que les spécialistes de dix ou de semi ont du mal à s’entraîner sur des distances plus courtes s’ils n’ont pas d’échéance ou d’objectif particuliers. Un cross court peut être une bonne occasion. » Changer ponctuellement de distance et de type d’efforts peut avoir divers effets bénéfiques.

« C’est intéressant, car cela va booster le moteur, et inciter à effectuer des séances plus dynamiques à l’entraînement pour le préparer. » Le côté psychologique joue aussi son rôle. « Changer de distance casse les habitudes, or la monotonie et la routine de l’entraînement peuvent être un frein, à terme. S’essayer au court est donc une bonne chose », renchérit Patrice.

Travailler sa gestion de course

Reste à bien appréhender la distance. « Le dosage de l’effort est forcément plus délicat sur un cross court que sur un 10 km ou un semi, prévient l’entraîneur national. D’une part parce que les coureurs de cross ont naturellement l’habitude de partir vite, pour bien se placer dans le peloton. » Mais il s’agira de bien gérer, et digérer, ce rythme de départ. « C’est d’autant moins anodin sur quatre kilomètres, ceux qui sont partis trop vite décrochent à la fin, quand ceux qui ont bien géré leur départ peuvent ramasser du monde. Mais l’exercice est un très bon apprentissage de la gestion de course, de la connaissance des allures et de soi-même. » « Connais-toi toi-même » : la maxime peut, aussi, s’adresser aux coureurs qui ne veulent pas perdre le rythme.

Cyril Pocréaux pour jaimecourir.fr

« C’est intéressant car cela va booster le moteur et casser les habitudes. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et référent national du cross et courses Hors-stade. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 22/11/2018 à 18:07 - mis à jour le 22/11/2018 à 18:23


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