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Epreuves au long cours, le nouvel horizon ?
Les épreuves d’ultra-fond, du 100 km aux 24 heures, font désormais partie intégrante du paysage athlétique. Une marche en avant vers le long cours qui a ses raisons. 

C’est une tendance de fond que la France a pu observer aux premières loges, les 26 et 27 octobre. Albi accueillait en effet l’édition 2019 du championnat du monde des 24 h. Et ce format de courses (très) longues, souvent sur circuits courts et répétés, qui donnent tout leur sens au mot « ultra », s’impose année après année dans les calendriers et les imaginaires.

Une démythification

« Les championnats du monde à Albi étaient sans doute les plus relevés de l’histoire, avec des records personnels assez énormes », pointe Patrice Binelli, entraîneur référent J’aime courir et membre du staff de l’équipe de France en Occitanie. Une épreuve des 24 heures (où, à titre indicatif, les meilleurs parcourent quelque 270 kilomètres, et 240 chez les femmes) qui semble attirer un nouveau public, « même si elle est atypique, même si elle est hors-normes ». Dans la droite lignée du dépassement du marathon, qui n’est plus vu aujourd’hui comme un horizon indépassable.

« Il faut remettre ça dans son contexte, poursuit le coach. A une époque, le marathon était la seule épreuve officiellement reconnue. Aujourd’hui, avec les courses d’ultra-fond et les grandes courses nature, le choix est plus large. La palette des épreuves s’est considérablement élargie. » On compte par exemple, bon an mal an, entre quinze et vingt épreuves de 24 heures chaque année en France, une offre importante au vu du format de la distance.

« Et puis, l’avènement des ultra-trails a démythifié ce genre d’efforts. La Diagonale des Fous, par exemple, se court sur des durées équivalentes. Et 24 heures, c’est une journée complète, une durée que l’on peut facilement identifier, se représenter. »

Une motivation

Reste à savoir ce qui pousse les coureurs à se lancer dans l’aventure. « Il faut déjà une forte motivation à la base, assure Patrice Binelli. Dans la tête, avoir une petite lueur qui dit d’y aller, et d’anticiper tout ça. Même si l’entraînement ne peut jamais être complètement en rapport avec la durée de l’épreuve, il faut pouvoir s’organiser. »

Une organisation qui dépendra du niveau de chacun, et des objectifs. « On ne peut pas imaginer qu’un champion et un coureur lambda abordent la discipline de la même manière. Le premier ne fera par exemple presque pas de pause, le second prendra quelques petites heures de sommeil. Et je ne suis pas sûr qu’il faille forcément en passer par le marathon avant de se lancer. Les trails assez plats, la gestion des hauts et des bas dans une course peuvent suffire. Et le 100 km peut être une bonne étape intermédiaire. » L’alimentation (« plus rustique, plus solide que sur marathon, avec des sandwiches, des soupes, de la purée… ») sera aussi un terrain de découverte. « L’intégrité physique doit être la meilleure possible avant la course. L’alimentation et l’hydratation, les soins et le repos demandent une rigueur importante. Mais là encore, entre ceux qui cherchent à optimiser leur perf et ceux qui veulent juste aller au bout de la course, les objectifs seront très différents. »

Le jeu en vaut la chandelle. « Si ces courses séduisent, c’est aussi parce qu’il y règne une solidarité forte, un vrai esprit de famille, observe l’entraîneur. Le fait d’être en circuit fermé joue beaucoup : tout le monde se voit passer, s’entraide, s’encourage. En équipe de France, les collectifs sont très soudés. Et en fin d’épreuves, tout le monde, adversaires comme partenaires, se congratule. ».

Avant d’en arriver là, il y aura juste un petit laps de temps à patienter, en courant…

Cyril Pocréaux pour J’aime courir
Photos : © PhotoRunning / Arnold Dachez

« Il règne sur ces épreuves une solidarité forte, un vrai esprit de famille. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et référent national du cross et courses Hors-stade. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 08/11/2019 à 10:02 - mis à jour le 08/11/2019 à 11:26


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