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Jamais sans ma montre ?

Si les montres connectées et nourries au GPS font aujourd’hui partie de la panoplie du coureur, il n’en a pas toujours été ainsi. Mais si la déconnexion avait aussi du bon ?

A l’heure où la plupart des coureurs ne peuvent concevoir de vivre leur passion sans à leur poignet une montre connectée, satellisée et omnisciente, la question peut sembler iconoclaste : comment courir sans elle ? Sans ce petit objet qui focalise désormais toutes les attentions, avant (quand on la programme), pendant (quand on la regarde) et après (quand on en décortique les données) la séance ? « La montre, c’est comme les antibiotiques, sourit Patrice Binelli, coach référent J’aime courir et entraîneur à la Direction technique nationale. Ça ne doit pas être automatique… »

Une fiabilité en débat

« L’évolution technologique de ces dernières années, on doit s’y adapter, concède Patrice Binelli. Ne pas du tout utiliser les nouvelles montres serait dommage. Mais il faut prendre cette technologie à bon escient, et pas pour argent comptant. Les données ne sont pas forcément une vérité absolue… » Premier point sensible : le calcul des distances qu’on effectue lors des séances. Les GPS ne sont pas aussi fiables qu’on veut bien se le dire.

« J’ai eu quelques expériences sur des parcours mesurés à la roue, dont la distance était donc sûre, mais dont les GPS indiquaient une longueur différente, ici ou là. Idem sur des parcours officiels labellisés. Sur des lignes droites dégagées, pas de problème. Mais si le parcours est sinueux, les indications du GPS ne collent pas toujours, et les allures indiquées ne correspondent plus à la réalité, du coup. »

Mieux connaître soi-même, et les autres

Autre argument : la montre empêcherait le coureur d’être connecté... avec lui-même. « A un moment, il doit être capable d’écouter ses sensations, prévient Patrice. D’adapter son allure, sa vitesse, par rapport aux conditions et à son feeling. Cela ne passe pas par une montre. Ses données donnent un cadre qui peut être intéressant sur l’évolution de la vitesse, mais on doit pouvoir en sortir. » Surtout quand on court en groupe. Le ballet des athlètes qui attendent de capter un signal GPS, ou qui triturent leur montre avant la séance parce qu’il faut en modifier les pré-enregistrements, a parfois tendance à faire tiquer les coéquipiers…

« Les montres sont par ailleurs de grosses consommatrices d’énergie, et elles peuvent tomber en rade en pleine séance », rappelle l’entraîneur. On passera sur les questions ici soulevées sur le plan écologique, pour s’attarder sur un dernier point : le prix de ces petits bracelets, souvent élevé. « C’est certain que cela ne démocratise pas la course à pied, même si on est loin des sommes engagées dans le triathlon. »

Adapter son style de course

« L’un des points forts des anciens coureurs était leur capacité à identifier leur allures, se rappelle l’entraîneur national. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. S’entraîner à courir sans montre, ou sans regarder les vitesses, peut permettre de retrouver cette capacité. On peut se contenter de vérifier après, ou n’utiliser que le mode chrono. Revenir à des choses plus terre à terre, basique, peut être une bonne chose pour prendre du recul sur sa pratique. »

Ce qui implique, aussi, quelques ajustements. « Il faut faire attention à ne pas partir trop vite, dans les premiers temps, si on avait l’habitude de vérifier ses allures. Cela peut être rédhibitoire, car on sait que le schéma d’une bonne course est celle d’un équilibre, voire d’une deuxième partie plus rapide. Mieux vaut partir plus lentement et monter en puissance. » Une fois prises ces précautions, vous pourrez oublier, au moins un minimum, la montre. Vous verrez : on se sent plus léger.

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Il faut être capable d’écouter ses sensations, d’adapter son allure par rapport à son feeling. »

Ce CONSEIL D'EXPERT a été réalisé avec le concours de Patrice BINELLI
Cadre Technique et responsable National des courses Montagne. Coordonnateur du service entraînement de J'aime Courir
Entraîneur FFA Hors-stade 3è. niveau, 30 ans d'expérience en tant qu'entraîneur
Coache aussi bien des athlètes de haut-niveau participant à des compétitions internationales majeures (JO, Monde…), que des coureurs cherchant juste à progresser, du 400m au 100km. Entraine sur le Pôle haut niveau de Nantes mais aussi dans son club, le Nantes Métropole, pendant son temps libre.
A réalisé 14'45 au 5000m dans sa jeunesse. Et dernièrement 2h50 au marathon de Paris à 51 ans et 1h18' au semi l'année suivante.
Article mis en ligne par Rédaction J'aime Courir - le 01/02/2020 à 09:21 - mis à jour le 01/02/2020 à 09:51


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