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Anaïs Quemener : « Quand c’est plus difficile, je me sens plus forte »

La course à pied, Anaïs Quemener est tombée dedans quand elle était petite, à l’âge de 7 ans. Depuis, l’athlète de bientôt 31 ans, licenciée à La Meute Running, a remporté deux titres de championne de France du marathon et a surmonté un cancer du sein. Cinquième meilleure performeuse française de l’année 2021 sur les 42,195 km (2h41’11’’, son record) et dixième aux Mureaux lors des derniers France de cross, l’aide-soignante aux urgences rêve désormais d’une première sélection en équipe de France. Avant cela, elle prendra le départ du marathon de Paris le dimanche 3 avril, deux semaines seulement après s’être alignée sur la même distance à Kourou en Guyane (2h47’20’’). Le constat est rapidement fait : Anaïs Quemener aime ‘’borner’’.

Comment avez-vous découvert la course à pied ?

Mon père et mes deux grands-pères en ont tous fait. Mon père a même eu un bon niveau, il faisait de la compétition et a été plusieurs fois champion de France militaire. J’ai donc grandi en les voyant courir et ça a été très naturel de m’y mettre aussi. J’ai commencé vers 7 ans par des petites courses avec ma famille et j’ai fini par rejoindre un club à l’âge de 9 ans. Je n’ai pas arrêté de courir depuis.

Qu’est-ce qui vous a plu ?

C’était mon moment à moi. Au début, je pense que c’était plus pour être avec mes copains et mes copines. Ça commence souvent comme ça à l’école avec les cross scolaires. Mais en même temps, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à courir. J’aimais bien aussi repousser mes limites et me lancer de petits défis personnels lors chaque course. Mais sans me prendre au sérieux. Mon objectif était juste de m’amuser et d’améliorer mes records personnels à chaque compétition. Je ne me suis jamais projetée plus loin que ça. D’ailleurs, je me suis toujours dit que j’arrêterais la compétition le jour où je n’éprouverais plus de plaisir à courir.

Vous étiez déjà plus attirée par la route ?

Oui, j’ai toujours préféré la route à la piste. Petite, quand je regardais les marathons à la télévision avec mon père, je me souviens que j’éprouvais à chaque fois une émotion très particulière. Je savais que je deviendrais marathonienne un jour.

Vous avez même été championne de France de la discipline, en espoirs en 2013, puis en seniors en 2016, peu de temps après avoir bataillé contre un cancer du sein. La course à pied vous a-t-elle aidée à surmonter cette épreuve ?

Oui, énormément. Et tout au long de la maladie. Continuer de courir m’a aidée à garder la tête hors de l’eau. À cause de la maladie, je ne pouvais plus travailler à l’hôpital car je n’avais plus de défenses immunitaires. Pouvoir aller m’entraîner malgré la maladie m’a permis de maintenir un lien avec le monde extérieur et mes amis. C’était hyper important, car ça m’évitait de trop penser à la maladie. Bien sûr, ça n’a pas été toujours facile. Mais c’était mon petit défi quotidien. Je sortais une heure tous les jours, et même si je ne pouvais pas courir, je me forçais à aller marcher ou pédaler. Je ne voulais pas m’arrêter. J’étais très attachée à mes chronos et je me disais que ça m’éviterait de repartir de zéro. Finalement, je pense que la maladie m’a apporté une force supplémentaire. Pas physiquement parlant, mais mentalement. Je m’en rends compte aujourd’hui à l’entraînement ou en compétitions. Quand c’est plus difficile, je me sens plus forte. Je n’ai pas baissé les bras face à la maladie, il n’y a donc aucune raison que je le fasse maintenant.

Vous avez accepté de devenir la marraine de l’association « Casiopeea ». Pourquoi ?

J’ai rencontré la présidente de l’association lorsque j’étais malade, bien avant mon titre de 2016 et ma nomination comme marraine. J’ai même participé à leur marche, à l’époque, car j’avais besoin de rencontrer d’autres femmes malades pour échanger avec elles. Leurs témoignages avaient été très importants pour moi. Il était donc logique que je les aide à mon tour en partageant mon expérience.

Vous travaillez comme aide-soignante aux urgences en Seine Saint-Denis, comment faites-vous pour tout concilier ?

Ce n’est pas facile et c’est le gros point négatif, d’autant que je travaille de nuit, de 18h à 7 heure deux jours sur quatre. D’un côté, ce rythme m’arrange bien car il me laisse plus de temps pour m’entraîner en journée. Mais comme je ne dors pas beaucoup, quatre heure maximum les journées de travail, je n’ai pas une bonne qualité de sommeil et de récupération. Parfois, c’est frustrant. J’imagine que je pourrais avoir un meilleur niveau si j’avais un rythme un plus régulier. Mais je ne suis pas non plus à plaindre. Je fais ce qui me passionne et j’ai un métier qui me plait et me permet de gagner ma vie. C’est très bien comme ça. De toute façon, on ne vit pas de la course à pied en France. Même en étant professionnelle, c’est compliqué.

Vous parliez de votre père tout à l’heure. Quel rôle a-t-il joué dans votre carrière ?

C’est un énorme pilier pour moi. Il m’a entraîné jusqu’à mes 16 ans. Puis, jusqu’à l’âge de 22 ans, j’ai eu un autre entraîneur à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis). Mais mon père a pris la relève quand je suis tombée malade. Il m’a accompagnée tous les jours à l’entraînement. Il m’a tirée du lit les jours où j’avais envie de baisser les bras en me répétant sans cesse : « Tu ne regretteras jamais d’être sortie une heure, alors que si tu restes à te morfondre au fond de ton lit, tu vas forcément le regretter en fin de journée ». Il m’a apporté un cadre et a adapté chaque séance à ma maladie. Forcément, il a joué un rôle essentiel dans ma carrière. En plus, il m’a accompagné à toutes mes chimio, un vrai papa j’ai envie de dire, mais un papa « + + » car il a aussi su trouver les mots quand il le fallait. Aujourd’hui si j’en suis là, c’est grâce à lui.

Vous performez aussi bien sur marathon que sur 100 km. Pourquoi ces deux distances ? Avez-vous une préférence ?

Je préfère le marathon. Les entraînements y sont plus sympas, plus courts et plus ludiques. Mais j’adore aussi le 100 km. Je m’y suis mise un peu par défaut en 2018, après une opération de reconstruction mammaire. Comme on m’avait enlevé les deux muscles dorsaux, je n’avais plus de mobilité au niveau des bras et je n’arrivais plus à courir vite. Mon père m’a donc lâché sur le ton de la rigolade : « Bon, vu que tu ne peux pas courir vite, tu vas courir longtemps et tu vas faire un 100 km ! » Et je l’ai pris au mot. Quelques mois plus tard, je terminais vice-championne de France pour ma première sur la distance. C’est ce qui m’a décidée à continuer.

Que préférez-vous faire à l’entraînement ? Ce que vous n’aimez pas ?

Je déteste les fractionnés et les petites distances, tout ce qui se situe en dessous de 400 m. Je suis tout le temps en train de négocier pour ne pas courir sur piste. En revanche j’aime beaucoup les séances spécifiques où on fait des blocs du type 2 ou 3 x 5000 m ou 3 ou 4 fois 3000 m. Et je préfère aussi une prépa marathon à une prépa 100 km. Car pour le marathon, je m’entraîne en groupe avec d’autres athlètes de mon club, La Meute Running. C’est plus motivant et sympa car il y a aussi plus de variations de vitesse. Je m’ennuie davantage sur 100 km car je m’entraine souvent seule, sur de longues sorties sans variations de rythme. C’est beaucoup plus lassant.

Et la suite comment l’imaginez-vous ? Avez-vous un rêve en particulier ?

Comme depuis toujours, je vais essayer de continuer à battre mes records personnels à chaque compétition. J’avoue que j’aimerais beaucoup participer aux championnats du monde des 100 km (le 27 août à Munich). Si je suis sélectionnée, ce serait un rêve un peu inatteignable qui se réaliserait… Et j’en serais vraiment fière.

Propos recueillis par Véronique Bury
Crédit photos : Rémi Blomme et Antoine Decottignies / Stadion Actu

Rédaction J'aime Courir, le 22/03/2022 15:08:00
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