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Audrey Tanguy : « Quand je cours, je me sens chez moi ! »

Audrey Tanguy n’a jamais aimé la compétition. Pourtant, après sa victoire surprise sur la traversée nord de l’Echappée Belle en 2017, à 29 ans, la Savoyarde a accepté de se prêter au jeu du haut niveau et s’est mise à enchaîner les performances, avec notamment deux victoires sur la TDS et une deuxième place sur la Diagonale des fous. Depuis un an, elle a aussi a rejoint l’équipe de France de trail où elle savoure désormais de courir en équipe. Rencontre avec une femme pétillante qui a pris goût à la gagne.

En 2022, vous avez terminé 8e des championnats d’Europe et 6e des championnats du monde de trail tout en grimpant à chaque fois sur la première marche du podium par équipes. C’est ce que l’on appelle une année bien remplie. À moins que vous n’en espériez mieux ?

J’ai eu la chance, au cours de ma carrière, de vivre des déceptions sur certaines courses et je pense que cela m’aide aujourd’hui à profiter de ce qui m’est offert plutôt que de regretter certaines choses. Mon objectif cette année était que l’on remporte le titre par équipe que ce soit aux Europe comme aux Mondiaux et que mon résultat compte dans l’équipe. C’est ce que j’ai fait à chaque fois. Le contrat est donc rempli.

Avant de briller en équipe de France, vous excelliez sur des distances ultra. Qu’est-ce qui vous a motivé à réduire la distance ?

C’est vrai que j’ai fait un peu l’inverse de tout le monde ! En général, les coureurs commencent par des courtes distances et ils rallongent ensuite pour aller vers l’ultra. Moi, je me suis lancée dans la compétition parce que j’ai rencontré un ultratraileur, Antoine Guillon, qui est devenu mon coach. J’ai donc suivi son exemple et j’ai fait les courses qu’il courrait et qui me faisaient rêver. Et puis un jour, je me suis rendu compte que ces distances étaient peut-être un peu trop longues pour moi. Je n’y prenais pas tant de plaisir que ça et c’était beaucoup de souffrance et de stress. C’est arrivé par hasard, en 2021 lorsque j’ai participé à la finale des Golden Trail Series aux Açores. Jusqu’alors, je pensais que je n’étais pas performante sur des distances plus courtes, mais finalement je me suis fait plaisir sur les différentes étapes et je me suis pas mal débrouillée (10e). Cela m’a incitée à réduire parce que j’aimais bien pouvoir me libérer nerveusement en courant un peu plus vite. Et c’est vrai que ces distances me conviennent bien finalement. Mais c’est aussi parce que je réussis à performer. Si j’avais fini à la 60e place, cela ne m’aurait pas amusé longtemps.

Comment avez-vous rencontré Antoine Guillon ? Et quel rôle a-t-il joué dans votre carrière ?

C’est une histoire un peu particulière. En fait, j’ai toujours couru, depuis l’âge de 10 ans, mais en famille uniquement, sans faire de compétition. Un jour, ma meilleure amie est venue passer un mois de vacances chez moi en Savoie et elle nous a inscrite à une course près de chez moi. Un 46 km. Je suis arrivée 3e et elle est arrivée un peu après moi en même temps qu’Antoine Guillon, le vainqueur de l’étape des 83 km. Je ne le connaissais absolument pas. Mais j’ai retenu son nom quand ma copine m’a dit que c’était un champion. Je l’ai rencontré l’année suivante, lorsque je me suis inscrite pour le 83 km et que j’ai commencé à paniquer en comprenant qu’avec plus de 6000 m de dénivelé, ça allait être beaucoup plus compliqué de terminer, surtout en travaillant à Paris. Il proposait des stages de préparation et je m’y suis inscrite. Tout s’est très vite enchainé ensuite. On s’est bien entendu et il m’a proposé de m’accompagner. Aujourd’hui, on peut dire que c’est lui qui m’a découverte. Moi, je ne pensais pas du tout avoir les capacités de faire du haut niveau. Il m’en a convaincu. Sans lui je ne pense pas que j’en serais là aujourd’hui. Je suis même certaine du contraire, puisque je ne faisais pas de compétitions, je détestais ça.

Vous aviez pourtant pratiqué le patinage artistique et le tennis pendant de longues années, et avec des parents éducateurs sportifs, on ne peut pas dire que le sport ne faisait pas partie de votre vie…

J’ai effectivement toujours baigné dans le milieu du sport. Mais la course à pied, c’est quelque chose qui m’a toujours stressée en compétition. Le starter, c’est quelque chose qui m’angoissait déjà sur les cross au collège. J’ai toujours eu peur de rater le départ. Même sur les ultras ! Et pourtant, après, on a le temps (elle rit) !

Vous y avez finalement pris goût ?

En fait, ce que j’aime, c’est gagner. Aujourd’hui, si j’aime la compétition c’est parce que je gagne ou que je fais de belles performances. Mais je sais très bien que j’arrêterai le jour où je ne ferai plus de performances parce que cela me stresse toujours. Il y a beaucoup de cotés qui m’embêtent, l’angoisse, les départs à 4h du matin. J’aime le trail, oui, mais si je peux choisir entre une compétition et une sortie avec des amis où je peux partir à l’heure que je veux, m’arrêter quand j’en ai envie, pour me baigner ou parce qu’il y a un bon restaurant sur le trajet, je préfère ça.

Qu’est-ce qui vous plait finalement dans la course à pied ?

C’est lié à mon enfance. Ma mère courait tous les jours et, au départ, j’ai commencé à courir pour passer du temps avec elle, et avec ma sœur cadette qui courait aussi beaucoup. C’était notre moment à nous, on y partageait plein de choses. Je pense d’ailleurs que toutes les grosses décisions que l’on a eu dans notre vie, comme le choix de mes études, mes déménagements, les gros voyages, on en a parlé ²en courant. C’était un moment privilégié où l’on était à l’écoute les unes des autres… Aujourd’hui encore, la course me permet de prendre du recul sur les choses, sur toutes les petites contrariétés du quotidien. C’est aussi une dépense énergétique dont j’ai besoin. Et puis, où que je sois, j’ai toujours l’impression d’être chez moi quand je pars courir.

Vous êtes professeur d’EPS en collège, comment cela se passe-t-il au quotidien ?

Ce n’est pas facile. Je n’ai pas encore de poste fixe et je fais donc 1h30 de trajet aller/retour par jour. Cela rajoute pas mal de contraintes et de fatigue. Mais j’ai réussi à revenir dans ma région, à Mercury, près d’Albertville. C’est une première étape. Je suis aussi passée à 80% en septembre et, même si je ne suis pas certaine de garder ce temps partiel l’année prochaine, cela me permet déjà d’avoir un peu plus de temps pour m’entraîner. Aujourd’hui, je m’entraine une à deux fois par jour, sauf le mardi, ma journée off. Adrien Seguret, mon entraineur depuis 2021, m’envoie mon programme tous les mois.

Et vos élèves, comment réagissent-ils face à vos performances ?

Ils sont au courant. À Paris, je n’en parlais pas. Mais ici, je suis dans un collège qui a une section ski et une option montagne. Ce sont des enfants qui sont sensibilisés. Pas mal de parents d’élèves me connaissent via les réseaux sociaux. Ils sont donc au courant, et je le vis avec eux. En plus, quand je pars sur des compétitions, vu qu’il n’y a pas de vacances, il faut bien que je leur explique pourquoi je ne suis pas là. Ils aiment bien qu’on en parle et j’échange volontiers avec eux. Je m’occupe de l’option montagne, donc on va souvent faire de la rando-course ensemble. C’est un public privilégié et c’est super de pouvoir partager tout ça ensemble. Sans compter que cela me donne une certaine crédibilité. Quand on fait athlé ou que je leur demande de courir, personne n’ose me demander « madame vous courez avec nous ? » Ils savent que je le fais déjà tous les jours.

Déjà songé à vous consacrer uniquement à la course à pied ?

Je ne pourrais pas. Et même si financièrement c’était possible, je n’aimerais pas le faire. Mon métier m’apporte un équilibre et me permet de prendre du recul notamment lorsque cela ne se passe pas bien en compétition. Cela me permet d’être moins stressée et plus sereine parce que je ne suis pas dépendante de mon sport.

A quel moment l’équipe de France est-elle devenu un objectif ?

L’équipe de France, ça a été un pur hasard. Au départ, je ne briguais pas de sélection. J’étais plus sur le circuit de l’Ultra Trail World Tour. C’est en 2021, après mon abandon sur l’UTMB au 30e km, que j’ai finalement accepté de participer aux championnats de France de trail. Philippe Propage, le sélectionneur de l’époque, m’en avait parlé en amont de l’UTMB mais je lui avais alors répondu que ce ne serait pas possible parce que je ne pensais pas avoir récupéré deux semaines après Chamonix. Après mon abandon, j’ai vu les choses différemment et je me suis dit que cela ne serait pas si mal pour rebondir.

Forte de cette nouvelle expérience, comment imaginez-vous la suite maintenant ?

Je me rends compte que ce qui me motive le plus désormais, c’est de vivre et de partager des choses en équipe, d’être avec les copines, de porter le maillot de l’équipe de France. Cela a beaucoup plus de sens pour moi aujourd’hui que de vivre une compétition individuelle. Je vise donc les prochains championnats du monde qui auront lieu en juin. Après, je rêve toujours de gagner un jour l’UTMB. Mais cela ne pourra pas être possible avant 2024. La CCC, cette année, sera une étape avant d’y revenir.

Vous repartiriez donc vers l’ultra ?

Oui, je sais… Ce n’est pas ce que je veux, pas ce que je préfère, mais j’ai vraiment envie de gagner cette course un jour, ou au moins d’y faire une course pleine pour monter sur le podium. C’est ce qui me fait rêver. Parce qu’être championne du monde, je sais que ce n’est pas accessible. Cela me plairait bien mais c’est une distance plus courte, il y a moins de surprise et il y a beaucoup plus de densité en termes de niveau. Alors que sur une course comme l’UTMB, il peut se passer beaucoup plus de choses, même les filles qui sont plus rapides sur le papier peuvent flancher. La Western States, où j’ai terminé 6e en 2021, et la Hard Rock, sont aussi deux courses qui m’ont toujours fait rêver et sur lesquelles j’aimerais faire un bon résultat. Mais l’équipe de France commence aussi à devenir plus importante à mes yeux. On verra : une année à la fois.

Véronique Bury pour J'aime Courir

Rédaction J'aime Courir, le 20/01/2023 17:36:00
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