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Yani Khelaf, L’envie de revenir plus fort

International jeune plein d’avenir, vice-champion d’Europe de cross en relais mixte en 2019, Yani Khelaf, 27 ans, a bien failli mourir en 2023 des conséquences d’une appendicite surinfectée. Opéré à plusieurs reprises, il a rechaussé les baskets rapidement avec la ferme intention de revenir à son meilleur niveau. La course à pied était le seul moyen pour lui de retrouver son corps d’antan et cette envie de vivre. Il se projette désormais vers les JO de Los Angeles, plus motivé que jamais.

Un an et demi après avoir subi une série d’opérations qui auraient pu mettre un terme à votre carrière, vous revoilà sur les stades d’athlétisme… Comment allez-vous ?

Je me reconstruis, moralement et physiquement. C’est encore assez récent et les vieux démons ressortent encore parfois. Mais le fait de retrouver une routine grâce au sport m’a permis d’avancer petit à petit. Cela m’a fait plaisir de retrouver la compétition et notamment les championnats de France de cross. D’autant qu’un mois plus tôt, je n’étais pas sensé y participer. Mais cela fait quand même bizarre d’y finir 24e quand on a l’habitude de jouer aux avant-postes.

Pouvez-vous revenir sur ce qui vous a éloigné des pistes si longtemps…

En septembre 2023, je me suis retrouvé à l’hôpital de Melun pour une supposée appendicite. Mais lorsque je suis arrivé aux urgences, mon appendice était déjà gangréné. J’avais une grosse infection qui a explosé dans mon ventre. Cela s’est transformé en péritonite, puis en septicémie. J’ai été opéré deux fois à Melun avant d’être transféré à la Pitié- Salpêtrière, où on m’a opéré une troisième fois en douze jours. Là-bas, je suis resté huit heures en salle d’opération. On m’a coupé l’intestin, branché des tuyaux de partout. J’ai été nourri par le cou et je n’ai pas pu manger et boire normalement pendant un mois. J’ai perdu 18 kilos. Quand je suis enfin sorti, j’avais une poche gastrique sur le ventre, et j’ai dû continuer les soins chez moi jusqu’à ce que l’on me retire cette poche le 10 janvier 2024. En fait, j’avais chopé une bactérie qui ne cessait de muter dans mon corps.

Que se passe-t-il dans votre tête dans de tels moments ?

On remet tout en question. À Melun, après les deux premières opérations, j’étais encore dans l’idée que c’était juste une péritonite qui s’était aggravée. Cela ne devait pas durer longtemps. La première semaine, je partageais une chambre avec une personne qui avait eu une péritonite et qui était sorti au bout d’une semaine. J’étais donc pressé de sortir à mon tour pour retrouver mon quotidien. D’autant que c’était l’année des Jeux, et même si je n’étais pas forcément favori pour la qualification, je me projetais quand même. Je me disais que je n’allais pas faire de saison hivernale pour commencer assez tôt la prépa de l’été. Mais après, quand je suis partie à la Pitié et que je suis sorti de la troisième opération, j’ai arrêté de me projeter. Je ne pensais même plus au sport. Je souffrais tellement que j’en venais à me demander si je voulais vivre ou mourir. Je savais que certaines personnes dans ma situation en étaient mortes. C’était très compliqué. J’avais des idées noires.

Qu’est-ce qui vous a finalement donné la force de vous relever ?

C’est beaucoup trop récent pour que je le sache vraiment. Au départ, j’ai essayé de reprendre le sport le plus tôt possible car je voulais retrouver mon physique d’avant. J’avais perdu tous mes muscles, car j’ai été ouvert en deux. J’avais aussi d’énormes cicatrises sur l’abdomen et des petits trous partout. À ce moment-là, je me disais qu’il n’y avait que le sport qui me permettrait de resculpter mon corps et de l’aimer à nouveau. Et pour cela, il fallait que je courre. C’était la seule activité qui pouvait me permettre d’y arriver en prenant du plaisir. Mais cela n’a pas été aussi évident que ce que je pensais. Je ne pouvais pas m’empêcher de comparer mon niveau avec ce que je faisais avant. Ça a été très compliqué moralement pendant plusieurs mois. J’ai repris, arrêté, repris à nouveau, re-arrêté. J’étais totalement perdu. J’ai revu des amis que je ne voyais plus, troqué les baskets pour faire du roller dans Paris. Et puis un jour, en novembre 2024, je suis retourné voir Thierry Choffin et le groupe de Fontainebleau.

Vous vous sentiez à nouveau prêt ?

Oui, j’avais envie de revenir, envie de me relancer. Il y avait aussi Medhi Belhadj qui s’était fait une rupture du tendon d’Achille. Il s’entrainait sur l’Insep habituellement mais il avait décidé de rejoindre le groupe de Fontainebleau pour sa reprise. Je me suis dit que l’on partait à peu près du même point et que cela pouvait nous aider de revenir ensemble. C’est ce qui s’est passé : il y a eu une saine émulation entre nous deux. Ça a été une chance finalement de pouvoir revenir à Fontainebleau et d’y être bien entouré à ce moment-là, même si au début je faisais des aller-retours avec le domicile de ma mère car je ne me sentais pas de me réinstaller seul dans mon appartement. Tout a commencé à aller mieux en janvier après mon séjour en rééducation à Capbreton. J’ai fait un test pour voir si je pouvais participer aux inter-régionaux de cross pour aider mon club de l’EFCVO à se qualifier aux France. Et j’ai pu y jouer la gagne avant de me retrouver à nouveau sur les championnats de France. Tout est allé très vite. Et comme cela évoluait bien au niveau du sport, cela allait mieux dans la tête aussi.

Vous avez commencé l’athlétisme très jeune. Ce sport est un pilier de votre vie…

J’ai commencé très jeune, pour suivre les traces de mon père. J’avais des qualités en cross mais rien n’indiquait alors que je ferais du haut niveau un jour. C’est au collège, lors des championnats de France UNSS que Thierry Choffin m’a repéré et conseillé de le rejoindre à Fontainebleau. J’étais cadet et j’ai vite enchainé avec les premiers podiums et les premières sélections jeunes. J’étais très fort mais, ensuite, j’ai eu pas mal de blessures et j’ai eu plus de difficultés à terminer mes saisons chez les seniors. Cet incident est venu raviver ma motivation. Après ce qui m’est arrivé, j’ai compris que si j’avais quelque chose à faire en athlé, c’était maintenant ou jamais. J’ai 27 ans. Je ne suis plus tout jeune mais je ne suis pas vieux non plus. Je suis dans la bonne tranche d’âge. Il faut juste que j’arrive à revenir. J’ai fait de meilleurs chronos étant jeune que certains athlètes qui ont participé aux J.O. ou aux Mondiaux. Il n’y a pas de raison que je n’y arrive pas à mon tour. Mais je ne veux pas me prendre la tête avec ça. Mon objectif pour le moment est juste de revenir à mon meilleur niveau et de retrouver des sensations de vitesse et de plaisir.

Pensez-vous que le fait d’avoir été un athlète de haut niveau vous a aidé à traverser cette épreuve ?

C’est une certitude. Je me demande même si je serais encore là si je n’avais pas été athlète. Ce qui est certain, c’est que cela m’a aidé physiquement, notamment sur le fait de ne pas avoir été plongé dans le coma. C’est ce que toutes les infirmières et les médecins n’ont pas arrêté de me dire à l’hôpital. Au réveil à chaque opération, j’étais à 140 pulsations par minute alors que j’étais allongé dans mon lit, au repos.

Avez-vous séquelles de ces opérations ?

Oui, surtout au niveau digestif. Quand je pars sur des footings de 15-16 km, cela peut m’arriver de m’arrêter quatre ou cinq pour aller aux toilettes en forêt. J’ai aussi des douleurs régulières au niveau des cicatrices et cela m’est déjà arrivé deux ou trois fois de devoir m’arrêter parce que j’avais trop mal au ventre. Mais j’apprends à vivre avec car je ne sais pas si cela va évoluer favorablement. Malgré tout, j’arrive à m’entrainer de manière assez régulière. En termes de volume, je suis à 110 km de moyenne par semaine, j’oscille entre 70 et 140 km. Ça revient doucement, même si ce n’est pas encore ça au niveau de la vitesse.

Et maintenant, comment envisagez-vous l’avenir ?

Je n’y pense pas trop. Je m’entraine. Physiquement, cela va de mieux en mieux. Mon objectif est d’aller au maximum de ce que je peux faire. J’ai envie de renouer avec l’équipe de France, ça c’est sûr. C’est l’objectif que je me fixe jusqu’aux J.O. de Los Angeles et je vais tout faire pour revenir au plus haut niveau sur 1500 m et 5000 m. Je compte aussi faire un peu de route. Parce que c’est sur la route que j’ai remis un dossard pour la première fois, en mai 2024. C’était un 10 km à Paris. Même si j’y avais couru très lentement, le fait d’avoir partagé des choses avec d’autres coureurs, d’avoir pu échanger aussi sur ce qui m’était arrivé, m’a reboosté. Je pense donc que je m’alignerai un peu plus sur des courses sur route désormais, comme des semis ou des marathons. Cela me permettra de varier davantage les distances et de prendre plus de plaisir.

Propos recueillis par Véronique Bury

Rédaction J'aime Courir, le 13/06/2025 16:40:00
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