Conseils
Comment gérer grossesse et course à pied ?

Comment concilier une grande aventure et une passion ? La question de pose à toutes les coureuses qui tombent enceinte – et à leur entourage, aussi. Si le sport n’est pas déconseillé lors de la grossesse, la prudence et une certaine forme de pratique doivent prévaloir.

Tout le monde n’est certes pas concerné, mais le cas de figure peut se présenter pour au moins une partie du peloton, et toucher, indirectement, la gent masculine : faut-il continuer à courir, et comment, quand on est enceinte ? « Tout dépend de l’état de chacune, et il faut de toute façon consulter, et respecter les conseils du médecin gynécologue qui vous suit », prévient le docteur Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme.

Une activité positive

Sur le principe, l’activité sportive reste positive, y compris pendant la période de la grossesse. « Le sport permet une meilleure vascularisation des tissus, pointe Jean-Michel Serra. Nous sommes conçus pour bouger. » « Au quotidien, il faut quand même maintenir un minimum d’efforts parce qu’on est habitué à avoir une activité physique et que ça joue un rôle pour le bien-être de l’enfant et de la mère, estimait Christelle Daunay, la championne d’Europe 2014 de marathon, lors de sa récente grossesse, fin 2018. Mais on n’a pas toujours connaissance de ce qu’on a le droit de faire ou pas. »
Premier conseil : donc : « Evidemment, éviter les sports à risques, comme la boxe française, où l’on peut recevoir des coups au ventre, reprend le médecin.

Il peut aussi y avoir des implantations plus risquée que d’autres dans l’utérus : plus le fœtus sera bas et plus le risque de le voir descendre sera important. Faire un point avec le spécialiste qui suit la femme enceinte est essentiel, car chaque cas est unique. Et d’autres risques peuvent exister, comme le fait de passer beaucoup de temps en voiture, où les micro-chocs sont nombreux. »

Au commencement

Globalement, « la grossesse pour une sportive peut se décomposer en trois parties, comme autant de trimestres », poursuit le médecin. « Lors des trois premiers mois, elle peut ne pas savoir qu’elle est enceinte et donc continuer à courir comme si de rien n’était, sans que des signes n’apparaissent. Mais des saignements peuvent par exemple se produire, et doivent l’amener à consulter, car on ne pense pas forcément qu’on est enceinte. »

Reste que cette période n’est pas identifiée comme étant la plus à risques. « L’œuf implanté sur l’utérus est suffisamment petit pour que l’expulsion ne soit pas facilitée. Bien sûr, on ne peut jamais assurer qu’il n’y aura pas d’expulsion en cas d’activité très intense, mais dans un cas classique, l’activité sportive ne favorise pas ce genre de choses. »

Deuxième trimestre

Les choses changent dès le deuxième trimestre. « Là, la taille du fœtus est plus conséquente, les ballotements aussi, et rendent les risques de faire une fausse couche plus importants. » A ce stade, c’est la prudence qui doit dominer. « La pratique doit rester raisonnable et sage dans son intensité : mieux vaut courir sur un mode plus doux, et moins long. Et, bien sûr, ne pas s’accompagner de douleurs. Même si, encore une fois, on n’a ici que des cas particuliers. Certains peuvent encore courir tranquillement à six mois de grossesse, d’autres auront des douleurs et des saignements au moindre effort. »

Christelle Daunay avait elle choisi de stopper son activité assez tôt. « J’ai fait ce choix au bout de deux mois de grossesse car je ne me sentais pas dans une bonne attitude pour courir, expliquait-elle à Athle.fr. Ce n’était pas une question de poids ou d’appréhension, mais plutôt de mémoire. Je ne trouvais pas ma foulée. Je n’arrivais pas intégrer une nouvelle façon de courir. J’ai préféré privilégier d’autres sports pour maintenir ma forme physique : la natation, l’aquajogging et l’aquagym. »

Eviter toute intensité

Ce choix d’opter pour un sport porté peut s’expliquer par ces sensations qui varient (paraît-il), lors d’une grossesse. Et par l’appréhension d’exercer une activité avec chocs, même si ceux-ci n’ont qu’une répercussion faible sur la zone concernée. « Les études ont montré que si on a une bonne technique, 5 % seulement des chocs de la foulée se retrouvent au niveau lombaire, reprend le médecin. Tout est quasiment amorti avant d’arriver au niveau de la région de l’utérus. »

Non : c’est plutôt l’intensité de l’effort et la fatigue engendrée qui peuvent poser problème. « Quand le muscle est en souffrance, les autres organes sont en dette d’oxygène pour pouvoir alimenter ces muscles qui permettent de courir, rappelle Jean-Michel Serra. Le système de l’utérus n’est donc pas placé dans les meilleures dispositions. Il faut alors se contenter de footings faciles à supporter, pas d’activité intense. »

Savoir s’arrêter

Lors du troisième trimestre de la grossesse, il convient également de prendre toutes les précautions. « C’est là que le risque d’accouchement prématuré est le plus net, assure le docteur. On pèse dix kilos de plus, la charge est importante, et l’accouchement ne demande qu’à arriver. Il faudra vraiment soit arrêter, soit se limiter à des choses beaucoup plus douces. » Un effort qui en va pas forcément de soi pour les plus accrocs.

« En tant que sportive, on ne sait pas toujours comment gérer cette période, admet Christelle Daunay. Passer d’un entraînement intensif à beaucoup moins d’entraînement, ça n’est pas une gestion si facile que ça même si on est entourée. » Au final ? « Il faut être à l’écoute de ses sensations, et ne pas prendre le moindre risque, conseille le docteur. La sagesse doit l’emporter. C’est sans doute pour cela qu’on parle de sages-femmes, d’ailleurs, pour celles qui aident à accoucher… »

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

Exergue - Citation : « Il faut être à l’écoute de ses sensations, et ne pas prendre le moindre risque. »

Rédaction J'aime Courir, le 18/03/2021 20:40:00
Ce conseil d'expert a été réalisé avec le concours de :
Jean-Michel SERRA
Médecin des équipes de France d'Athlétisme et membre de la commission médicale de la FFA jusqu'en 2019
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Jean-Michel SERRA
Médecin des équipes de France d'Athlétisme et membre de la commission médicale de la FFA jusqu'en 2019
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Christelle DAUNAY
34 sélections Internationales A, Championne d’Europe 2014 du marathon à Zurich (SUI)
Recordwoman de France du semi 1h08’34 et du marathon en 2h24’22
Christelle DAUNAY
34 sélections Internationales A, Championne d’Europe 2014 du marathon à Zurich (SUI)
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