Conseils
Fracture de fatigue : l’ennemi insidieux

Difficile à identifier, à repérer et à soigner, la fracture de fatigue peut gâcher la vie de nombreux coureurs. Surtout si ces derniers manquent de prudence dans leur pratique ou leur alimentation…

C’est un mal insidieux mais loin d’être rare dans le peloton. La fracture de fatigue a parfois le don de pourrir la vie des coureurs, d’autant plus aisément que ceux-ci n’ont pas forcément conscience d’en être victimes. « Une fracture de fatigue survient suite à une série de microtraumatismes répétés, qui provoque une fissuration de l’os », éclaire Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. « Fissuration », et non cassure claire et nette : voilà ce qui induit en erreur. Et peut retarder la guérison…

Une prise de conscience compliquée

« Les fractures de fatigue ont été décrites pour la première fois par des médecins militaires suite à de longues marches qui induisaient des contraintes trop importantes, reprend le médecin. Elles peuvent intervenir sur n’importe quel secteur osseux, en fonction des contraintes. Bien sûr, celles qui suivent des chocs au sol sont les plus fréquentes, et les membres inférieurs et le bas du corps sont les plus fréquemment touchés. »

Pas question, ici, d’une brisure suite à un choc brutal. « Imaginez plutôt taper doucement avec un petit marteau sur un mur, longtemps, sans s’arrêter : il finira par se fissurer. Cela correspond bien au mouvement des coureurs de fond… La fracture de fatigue n’est jamais brutale. Elle s’installe petit à petit, avec une zone de gêne qui devient de plus en plus douloureuse, à laquelle on s’habitue parfois… » Ce qui ne fait qu’aggraver la situation : « Souvent, quand les coureurs viennent nous voir, la fracture a évolué sur plusieurs semaines, voire des mois, car ils ont continué à courir dessus, malgré la douleur. »

Le diagnostic n’en reste pas moins compliqué à établir pour les professionnels qui n’y sont pas rompus : « La fracture de fatigue, c’est un micro-trait, de la taille d’un cheveu, sur l’os. Il faut vraiment un œil aiguisé pour la voir, surtout quand elle vient de se produire. » Un examen adapté est souvent indispensable : parfois, la radio ne suffira même pas, et une IRM ou une scintigraphie s’avéreront nécessaires.

Pour en guérir

Reste que le traitement exigera la même attention, et la même patience, qu’une fracture classique. Encore faudra-t-il en convaincre le patient. « Les gens ne voient souvent pas l’intérêt de s’arrêter car il leur semble qu’ils peuvent courir, que cela n’a rien d’impossible, constate Jean-Michel. Ils ont une douleur localisée qui dure depuis des semaines et pensent qu’ils peuvent continuer. Il faut donc trouver les bons mots, car il ne faut pas attendre plus longtemps. »

Le traitement ? Il consistera en une immobilisation partielle, sans aller jusqu’au plâtre toutefois, mais en portant une botte de marche ou une attelle, moins contraignantes. A condition de bien respecter les délais et la limitation du mouvement. « Les gens se disent que comme le système reste mobilisable, ils peuvent se permettre de bouger. Mais il faut savoir être patient. » Par ailleurs, le traitement peut être l’occasion « de vérifier son état biologique, sa calcémie, son niveau de vitamine D, et de compenser d’éventuels déficits en la matière ».

Mieux vaut prévenir

Enfin, on se souviendra que le meilleur ami du coureur, en la matière, reste la prévention. « Les pratiques nutritionnelles ont également une conséquence : si le système osseux et articulaire n’est pas renforcé, cela peut poser problème. Il faut s’assurer que les apports globaux sont suffisants, en particulier en matière de vitamine D, on l’a dit », poursuit le médecin. « Les populations féminines peuvent avoir des fragilités plus importantes liées à leur alimentation si elle n’est pas suffisante, ce qu’on observe parfois en course à pied. Il faut donc des apports d’acides gras, qu’on trouve dans l’alimentation normale, comme dans certains légumes ou huiles, et qui permettent de renforcer l’organisme. »


On n’oubliera pas tout le reste : des entraînements trop longs, trop durs ou trop fréquents, ou des surfaces dures, surtout si on n’effectue pas le travail de renforcement nécessaire, seront préjudiciables. « Des chaussures mal adaptées peuvent également poser problème à terme. » Bref, tous les conseils de prudence qui permettent de prévenir les blessures peuvent aussi empêcher d’en arriver jusqu’à cette fracture qui avance masquée…

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« Imaginez taper doucement avec un marteau sur un mur, sans s’arrêter : il finira par se fissurer. »

Rédaction J'aime Courir, le 19/03/2021 12:32:00
Ce conseil d'expert a été réalisé avec le concours de :
Jean-Michel SERRA
Médecin des équipes de France d'Athlétisme et membre de la commission médicale de la FFA jusqu'en 2019
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Jean-Michel SERRA
Médecin des équipes de France d'Athlétisme et membre de la commission médicale de la FFA jusqu'en 2019
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
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