Conseils
Les effets de la canicule sur votre organisme

Vous l’avez peut-être remarqué : il fait chaud. Enfin, plus que ça même. Et les épisodes de canicule, malheureusement de plus en plus fréquents, ont un impact réel, et même dangereux, sur les organismes –ceux des coureurs en particulier. Explications.

Même si après la canicule vient toujours la pluie, mieux vaut le savoir : les épisodes de très fortes chaleurs, au-delà des 35°C, risquent de revenir de plus en plus souvent. Et les coureurs vont devoir tout spécialement y prendre garde. « Le corps s’adapte progressivement à ces fortes chaleurs, mais cette adaptation a aussi des conséquences sur l’organisme », prévient le docteur Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme.

Une activité musculaire ralentie

Première d’entre elles : « Le corps va avoir tendance à ralentir toutes ses actions, et on sera donc plus mou, plus fatigué » détaille le docteur. La raison ? « La chaleur créée une vasodilatation, une dilatation des vaisseaux sanguins, en périphérie du corps, au niveau de l’épiderme par exemple. » Du coup, le sang a tendance à y stagner. « Et il est donc moins disponibles pour les organes essentiels, les muscles en particulier. On est donc moins efficace dans la vitesse d’exécution. »

Pendant ces fortes chaleurs, le corps sera en lutte permanente pour compenser et réguler sa propre température, qu’il cherche sans cesse à équilibre autour de 37,5 ° C. En la matière, les temps froids sont moins gênants, car « on peut toujours ajouter des couches de vêtements. Là, c’est impossible ».

Jusqu’à atteindre des seuils parfois critiques : « Autour de 40° C de température extérieure, on entre dans une zone rouge. Le corps ne parvient que très difficilement à ventiler. » Or la faiblesse musculaire évoquée plus haut concernera en premier lieu le plus important des muscles : le cœur. « Il y a un vrai danger qui va jusqu’au risque cardiaque si celui-ci n’est pas alimenté comme il le faut. »

Une perte hydrique dangereuse

« L’eau, c’est un peu le liquide de refroidissement du moteur thermique, image Jean-Michel Serra. Elle permet de contrer la chaleur, dans des proportions très importantes. A température normale, déjà, un effort musculaire c’est 25 % d’activité mécanique pour 75 % de déperdition hydrique qui permet de faire fonctionner le tout. Notre système est très consommateur d’eau. Avec la canicule, on transpire énormément pour maintenir la température interne, et on a beaucoup moins d’eau disponible pour faire fonctionner les muscles. C’est la déshydratation. Tout le système cardio-vasculaire est alors pris au dépourvu. »

D’autant que la perte d’eau par la transpiration s’accompagne d’une perte en sel et oligo-éléments, « qui sont essentiels pour les échanges entre membranes cellulaires. La pompe sodium-potassium fait marcher le système de nos cellules, et sans sel, elle fonctionne moins bien. » Au-delà de l’effet délétère sur les muscles, « le système nerveux central, le cerveau et la capacité de raisonnement sont affectés ». Ce qui peut, à terme, mener au coma, de manière d’autant plus pernicieuse que, la lucidité manquant, un coureur déshydraté ne se rendra pas compte de l’état critique dans lequel il se trouve…

Les bons réflexes

Evidemment, une bonne hydratation, régulière et soutenue, est en première ligne de la liste des recommandations. « Sans oublier de lui adjoindre un apport de sel, car l’eau seule ne ferait que diluer davantage la quantité de sel déjà dans l’organisme, pointe Jean-Michel. En la matière, les boissons gazeuses sont en général intéressantes et riches en sel, comme celui qu’on peut ajouter dans les aliments. La soupe est aussi à privilégier. »

Autre impératif : adapter sa pratique. « C’est difficile à chiffrer, mais sous la canicule une demi-heure d’effort correspond à une voire deux heures d’efforts pour l’organisme. Il faut donc soit reporter son entraînement, soit privilégier des exercices explosifs et courts que longs et d’endurance. On peut aussi effectuer des exercices statiques comme le gainage qu’on ne fait que rarement, mais qui sont très utiles au coureur. »

Autre réflexe : s’entraîner en piscine. « Cela peut-être intéressant car le corps refroidit, mais attention : la dépense énergétique dans l’eau est très importante, il faudra donc également beaucoup boire. C’est la même chose pour la pratique à vélo : il faut sans cesse régénérer l’organisme. » Enfin, les vêtements joueront un rôle essentiel – on l’a déjà dit sur ce site. Tee-shirt clair pour mieux réfléchir les rayons du soleil, casquette pour éviter l’insolation. « Surtout, il faut savoir écouter ses sensations, et être attentif à la moindre fatigue inhabituelle, conclue le médecin. En période de canicule, on perd la notion des choses, et on peut passer très vite d’un état où on se sent bien à un état semi-comateux. »

Autant prévoir, d’emblée, d’en faire (très) peu, plutôt que se retrouver piégé…

Cyril Pocréaux pour J’aime courir

« En période de canicule, on peut passer très vite d’un état où on se sent bien à un état semi-comateux. »

Rédaction J'aime Courir, le 19/03/2021 13:07:00
Ce conseil d'expert a été réalisé avec le concours de :
Jean-Michel SERRA
Médecin des équipes de France d'Athlétisme et membre de la commission médicale de la FFA jusqu'en 2019
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
Jean-Michel SERRA
Médecin des équipes de France d'Athlétisme et membre de la commission médicale de la FFA jusqu'en 2019
Coureur hors stade pendant ses loisirs, a déjà réalisé 37'40 au 10km et 1h15' au semi, il y a quelques années ...
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